L'Express de l'Est
Le Comité Erckmann-Chatrian a remis hier son prix annuel à Pol Ramber
vendredi 7 mai 1937
UNE BELLE FÊTE RÉGIONALISTE
C'est avant tout une fête du régionalisme lorrain qui réunit hier les membres du comité Erckmann-Chatrian, les représentants de la municipalité d'Epinal et les membres de l'Amicale des Journalistes Vosgiens.
L'occasion en était la remise du prix de la Société Erckmann-Chatrian au lauréat Pol Ramber, pour l'ensemble de son œuvre.
Sous son pseudonyme connu, M. Louis Bagrel jouit, dans les Vosges et dans toute la province de Lorraine, d'une réputation flatteuse qu'ont méritée amplement ses livres, peinture fidèle des mœurs de notre région, et ses billets quotidiens, dont la Mélanie réserve la primeur à L'Express de l'Est, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.
La réception de l'Amicale des Journalistes Vosgiens
A 11 heures, un vin d'honneur réunissait, à l'Hôtel Moderne, M. Baudouin, maire d'Epinal, MM. Schwab et Cordelier, adjoints, M. Pol Ramber, MM. Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian, Emile Nicolas, Pierre Boyer, Henri Martin, Fernand Rousselot et René d'Avril, membres du Comité, Courtin-Schmidt, président de l'Amicale des Journalistes Vosgiens, les membres du Comité et de l'Amicale.
M. Courtin-Schmidt souhaite la bienvenue à tous ses invités. « C'est la première fois, dit-il, que l'Amicale sort de sa tour d'ivoire et prend contact avec le monde extérieur. L'occasion ne pouvait être meilleure que celle de la remise à l'un de ses membres, M. Pol Ramber, du prix Erckmann-Chatrian ».
Il lit ensuite une lettre de M. Maurice Pottecher, s'excusant de n'avoir pu être présent à la cérémonie et félicitant le Comité du choix qu'il avait fait en la personne de son lauréat.
M. Sadler dit ensuite son plaisir de retrouver M. Baudouin, toujours vaillant, et remercie l'Amicale des Journalistes Vosgiens de l'accueil qu'elle a su réserver à ses invités.
M. Pol Ramber vante le rôle de comités tels que celui que dirige M. Georges Sadler, qui encouragent les écrivains autrement que par des bonnes paroles. Il lève son verre à la santé de toutes les personnalités présentes, de ses amis de l'Amicale et du régionalisme lorrain.
Enfin, M. Baudouin remercie les orateurs qui l'ont précédé de leurs vœux et de leurs marques de sympathie, et marque son contentement de participer à une telle fête qui doit mettre à l'honneur notre petite patrie.
Le banquet
A 12 h 30, au Point Central, autour de Pol Ramber, s'étaient groupés tous ses amis, pour un banquet amical. Inutile de dire que la meilleure camaraderie ne cessa d'y régner, dénuée de tout protocole ! Les voisins de la Mélanie essayèrent de lui faire regretter son exil volontaire, lui vantant les charmes de son pays natal...
Aucun discours ne fut prononcé, chaque groupe s'absorbant dans des conversations passionnantes et variées, allant du sport aux questions d'art les plus pures.
A l'Hôtel de Ville
Dans le grand salon de l'Hôtel de Ville, décoré avec goût, une assistance choisie attendait avec une impatience bien compréhensible les orateurs. Ceux-ci prennent place sur l'estrade, M. Baudouin, maire, préside, entouré de MM. Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian, Courtin-Schmidt, président de l'Amicale des Journalistes Vosgiens, Pol Ramber, lauréat du prix Erckmann-Chatrian 1937.
Le premier, M. Baudouin souhaite à ses hôtes de marque la bienvenue :
Discours de M. Baudouin
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président,
Messieurs,
C'est d'Arcachon, le 26 février dernier, que M. Sadler, le distingué président du Comité Erckmann-Chatrian, jeta les bases de cette réception, alors que j'étais immobilisé par une grave maladie et je suis heureux, malgré les réserves que j'avais faites à ce moment, que mon état de santé me permette personnellement, assisté de mes adjoints et des membres du Conseil Municipal, d'accueillir et saluer, dans cet Hôtel de Ville d'Epinal, toutes les personnalités du Comité Erckmann-Chatrian, en particulier son distingué président, M. Sadler, et l'Association de la Presse, ayant à sa tête notre ami Courtin-Schmidt et leurs invités, venus à Epinal, à l'occasion du prix décerné à M. Bagrel, alias Pol Ramber, l'écrivain régionaliste bien connu de nous tous.
A tous, je souhaite une cordiale réception.
La Ville d'Epinal a tenu, comme l'ont fait ses devancières : Metz, Nancy, Lunéville, Verdun et Bar-le-Duc, à s'associer à cette cérémonie, organisée dans le but d'honorer un de ses concitoyens, lauréat du Prix Erckmann-Chatrian 1937.
Pol Ramber est en effet un des nôtres. Né et ayant habité à Rambervillers, il est venu à Epinal, bien avant la guerre. Il y tint une place marquée dans la presse locale et se fit bientôt connaître par ses talents, si divers, d'écrivain. Il collabora à plusieurs journaux et nous le voyons encore à la table de la presse, souriant et guettant l'occasion de réunir les éléments d'un article critique, art dans lequel il excellait, du reste dans une mesure raisonnable, mais toujours d'une portée judicieuse.
Membre de la Société des Gens de Lettres, de la Fédération Régionaliste de France, du Syndicat des Ecrivains et Journalistes Indépendants, de l'Association des Ecrivains Lorrains et de plusieurs associations de presse, Pol Ramber collabora aussi à de nombreuses revues.
Après la guerre, il se fixa définitivement à Epinal et c'est à partir de 1924, il y a 13 ans, que le lauréat émule de Fernand Rousselot, dépeint de façon originale dans ses écrits, les mœurs et souvent les travers des campagnards vosgiens. C'est ainsi qu'il se rendit populaire par son délicieux livre : Ma Cousine de Saint-Benoit, et il me souvient qu'à l'époque, où j'avais l'occasion de passer quelques jours en famille, dans cette localité, il n'aurait pas fait bon que Pol Ramber s'y aventurât, car plusieurs cousines de Saint-Benoit s'étant reconnues, elles étaient capables de lui faire une conduite de Grenoble. Mais, depuis, tout s'est tassé et je puis rassurer le lauréat de ce jour, car chacun en rit maintenant, les cousines vexées les premières.
Mais sa création la plus populaire, celle qui lui valut surtout d'être remarqué pour l'obtention du Prix Goncourt Lorrain, fut La Mélanie, qui révèle quotidiennement, dans les colonnes de L'Express de l'Est, de la part de son auteur, un réel talent d'observateur.
Ceux qui ont vécu la vie de nos populations rurales rendent hommage à l'esprit imaginatif et d'observation de Pol Ramber, qui dépeint, à l'aide des expressions savoureuses du terroir, sous la forme aimable et prises sur le vif, les mœurs de nos concitoyens, en stigmatisant souvent leurs travers.
Je connais plus d'une lectrice de L'Express de l'Est qui attend quotidiennement et avec impatience le journal pour y lire avant tout La Mélanie.
Aussi, tout désignait notre compatriote à l'attention du Comité Erckmann-Chatrian et nous sommes heureux de constater que cette attention s'est traduite par un prix à M. Pol Ramber, choisi parmi les autres auteurs régionaux, ses concurrents. Je suis certain d'être ici l'interprète de nos concitoyens pour féliciter notre compatriote et lui dire combien nous sommes fiers et heureux de lui voir attribuer la récompense qu'il reçoit ce jour du Comité Erckmann-Chatrian.
La Ville d'Epinal, que j'ai l'honneur de représenter, est particulièrement heureuse de l'accueillir en ce jour avec les personnalités éminentes qui l'ont jugé digne de la haute distinction dont il est l'objet.
M. Courtin-Schmidt, au nom de la presse vosgienne, dit toute sa joie de s'associer à la manifestation de ce jour. Il est heureux, d'autant plus que c'est à l'un des siens que sont réservés les honneurs de cette solennité qui va mettre en relief l'effort de décentralisation littéraire et artistique auquel se livrent, en Lorraine, tous ceux qui mettent leur talent et leur ardeur au service d'une cause qui nous est chère : l'exaltation de la petite patrie et la défense des traditions ancestrales contre le souffle destructeur d'une centralisation irraisonnée.
Puis, l'orateur salue les officiels et le public qui assistent à cette séance solennelle. Le président de l'Amicale des Journalistes Vosgiens regrette de ne pas apercevoir dans l'assistance la Mélanie, avec son bibi posé de travers, son casaquin un peu démodé et ses gants de filoselle. Il excuse celui que l'on appelle familièrement le Père Gaspard de Samoyeux.
M. Courtin-Schmidt relate ensuite les premiers pourparlers qui eurent lieu à Nancy, quelque temps avant la guerre, en vue de la formation du Comité Erckmann-Chatrian.
S'adressant, à M. Sadler, il poursuit : — Nous nous sommes revus peu après, c'était la guerre. Avec patriotisme, vous accomplissez votre devoir. A la préfecture de Nancy, vous créez la caisse de secours des Engagés Alsaciens-Lorrains et du secours immédiat en Lorraine délivrée. Vous organisez des conférences sur l'Alsace-Lorraine et vous en faites vous-même sur tout le front, dans les grands centres français et des pays neutres... Plus de cinq mille volumes sont distribués par vos soins aux hôpitaux et aux écoles...
Après avoir donné lecture d'une lettre de M. André Monnier, écrivain régionaliste, vantant les qualités journalistiques du lauréat de ce jour, l'orateur poursuit : - Mes bons confrères de l'Amicale m'ont prié d'être le fidèle interprétateur des sentiments de franche et cordiale sympathie qui les animent envers la Société Erckmann Chatrian ; et de faire, en tout bien tout honneur, l'éloge de son lauréat.
A cette agréable mission, je n'ai pas voulu me dérober, puisqu'elle me permet de renouer avec Georges Sadler d'aimables relations ébauchées à la veille de la guerre mondiale, et d'exprimer à Pol Ramber, tous nos compliments pour la récompense qui va lui être remise dans quelques instants.
Je voudrais maintenant, mon cher président, évoquer à votre intention quelques souvenirs personnels et faire connaître l'œuvre à laquelle vous vous êtes attaché en créant la Société Erckmann-Chatrian.
C'est en juillet 1914 que nous nous sommes vus pour la première fois à Nancy. L'atmosphère était lourde et l'avenir incertain. Vers l'Est, l'horizon était chargé d'épais nuages et la pourpre des couchants laissait présager les lendemains sanglants de l'attentat de Serajevo.
Je sais que vous êtes originaire de Nancy où vous êtes né en 1879 ; que vous avez commencé vos études au lycée de cette ville et que vous les avez terminées — les mathématiques et les sciences physiques et naturelles n'ayant aucun attrait pour vous — au Conservatoire. A dix-neuf ans, vous y étiez chargé de cours. De Nancy, vous allez à Bruxelles. Vous y avez vécu dix ans et si vous l'avez quitté, il ne faut en accuser que des raisons de santé.
De retour à Nancy, vous continuez à vous adonner à la musique... Un jour, vous tombent sous les yeux, les Contes des bouts du Rhin, d'Erckmann-Chatrian. Vous êtes subjugué par ces récits simples, mais vivants... Et vous désirez connaître dans son ensemble l'œuvre des deux romanciers.
Vous êtes littéralement conquis et le désir de mieux faire connaître en Lorraine et surtout en Alsace les romans nationaux et populaires vous poussent à créer la Société Erckmann-Chatrian.
La première réunion eut lieu à Nancy, chez Walter, un soir de Noël : il y avait treize présents. Les Treize !... Rassurez-vous, je n'instruirai pas votre procès et, en fait de réquisitoire, je dirai que ce chiffre fatidique vous a porté bonheur.
Toutefois, votre groupement ne devenait officiel que le 13 janvier 1914, sous le haut patronage du Président de la République, Raymond Poincaré, patronage que vous continue son successeur, votre ami, M. Albert Lebrun.
Après la victoire, vous vous installez dans votre cher village de Novéant-sur-Moselle où les plaisirs de la chasse et de la pêche ne vous font pas oublier l'œuvre créée en janvier 1914. Vous organisez différentes manifestations très favorables à l'extension lorraine, et, en 1925, vous fondez le prix annuel Erckmann-Chatrian.
Deux écrivains Vosgiens en sont les heureux bénéficiaires : le regretté Eugène Mathis, pour ses deux romans de terroir : Les Héros, gens de Fraize et La Fille du Diable ; Pol Ramber, pour l'ensemble de son œuvre régionaliste.
Musicien, vous avez composé notamment : L'Or libérateur et Jeanne de Lorraine.
S'adressant à Pol Ramber, M. Courtin-Schmidt continue :
Mon cher confrère,
Si j'en crois la rumeur publique personnifiée en l'occurrence par un communiqué que nos journaux ont accueilli favorablement la semaine dernière, c'est à Epinal, au lendemain de la guerre, durant laquelle le brancardier Louis Bagrel ne cessait d'écrire, en ses loisirs du front, sous le pseudonyme de Louis L'Hôte, que vous êtes venu vous fixer pour vous consacrer entièrement au journalisme.
Officiellement, vous avez fait vos débuts au Télégramme des Vosges ; mais, l'indépendance de votre caractère s'accommodant mal des principes un peu austères de cette maison, vous avez passé la main à un confrère dont les propos plus... graves contrastaient avec l'humour que vous aimez répandre dans les vôtres.
Par la suite, votre plume s'est plu à... jacasser un peu à droite... et à gauche.
Puis, un beau jour, lâchant la politique, ses pompes et ses œuvres — est-ce moi que vous en blâmerai ? — vous avez mis un point final à vos philippiques.
Retiré en votre Thébaïde de la rue Notre-Dame-de-Lorette, vous y avez façonné la trame de l'œuvre copieuse et sincère à laquelle vous avez donné, depuis, tout votre effort.
Certain jour, vous rendant à Rambervillers — votre petite ville natale que vous aimez tant — vous avez trouvé votre chemin de Damas... de Damas-aux-Bois.
J'entends par là qu'à l'ombre des mirabelliers, chers à Fernand Rousselot, vous avez rencontré un personnage de votre enfance qui vous était des plus familiers.
Ce personnage n'était autre que la Mélanie...
Vous vous êtes reconnus... Vous avez bavardé... La Mélanie vous a confié tous ses secrets... ceux du voisinage et de son ménage.
Vous n'avez pu résister au plaisir de nous en faire part, et nous vous en rendons grâce.
Comme l'a dit très justement L'Express de l'Est, votre Mélanie s'est installée en confidente sous tous les toits Vosgiens où elle apporte sa bonne humeur, ses fiauves émaillées d'expressions de terroir qui, grâce à elle, ne se perdront pas avec la jeune génération, la verdeur de son langage et aussi, il faut bien l'avouer, ses leçons, lesquelles pour être données avec le sourire, ne portent que mieux.
Votre œuvre est féconde. Sans parler des quelques comédies ou saynètes que vous avez fait représenter au cours de différentes manifestations théâtrales, vous avez publié une série de romans qui va des Frasques de la Mélanie à Un mari parfait, en passant par Le Secret de Pierre Béchoux, que je considère pour l'instant comme votre œuvre capitale.
Un livre qui dépasse de beaucoup le cadre régionaliste, a écrit le président de l'Association des Ecrivains Lorrains, Pierre Boyé. Il est non seulement, a-t-il ajouté, d'un excellent écrivain, mais aussi d'un profond psychologue.
« Oeuvre solidement charpentée et qui atteint à un pathétisme intense », a déclaré le critique littéraire Charles Daudier, professeur au Lycée Montaigne.
Et sous la plume de Fernand Rousselot : Le Secret de Pierre Béchoux, un livre émouvant, souvent dramatique, une simple, mais pathétique histoire que l'auteur nous conte avec toute sa sensibilité d'écrivain et tout son cœur de Lorrain ». « Livre courageux, livre émouvant, qui s'impose au premier rang des œuvres de Pol Ramber ».
Et c'est cette appréciation que la Société Erckmann-Chatrian a fait sienne, en vous remettant le prix qu'elle décerne chaque année à un bon ouvrier des lettres lorraines. Soyez certain, mon cher Ramber, que tous vos confrères, présents ou absents, se réjouissent de la récompense qui vous est accordée.
Puis, il termine : — Quand vous entendrez les gars de Luchon et de Cauterets, de Gave de Rébénacq ou de Saint-Jean Pied-de-Port, entonner le couplet légendaire :
Montagnes des Pyrénées,
Vous êtes mes amours...
vous les applaudirez, puis, les yeux tournés vers l'Est, songeant à la Mélanie, à la cousine de Padoux et à celle de Saint-Benoit, au cousin Michel et au galant de la Joséphine, vous accorderez un doux souvenir à nos ballons romantiques, nos forêts antiques, ainsi qu'au frais rivage de nos rupts triomphants.
Et vous redirez du fond du cœur, avec le bon chansonnier Albert Montémont :
De nos belles campagnes,
De nos vallons, de nos montagnes,
Vosgiens, chantons avec fierté
Les trésors et la liberté.
M. Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian, lui succède. Il remercie l'Amicale de la Presse Vosgienne et la municipalité spinalienne pour leurs accueils si cordiaux, puis poursuit :
Monsieur le Maire, cette réception à l'Hôtel de Ville est le digne couronnement de cette belle journée d'interpénétration lorraine si utile au moment où l'union de toutes les bonnes volontés agissantes est obligatoire pour le prestige de notre grand et beau pays. Le Comité Erckmann-Chatrian, sous le patronage de notre éminent compatriote le Chef d'Etat Albert Lebrun, vous exprime ainsi qu'à la Municipalité toute sa gratitude pour la bonne grâce avec laquelle vous voulez bien nous recevoir et nous témoigner tant d'intérêt.
Dans ma jeunesse, on m'a souvent parlé de l'hospitalité écossaise, nous pourrons maintenant vanter sciemment celle d'Epinal, et de cela nous sommes extrêmement touchés.
Pol Ramber, l'écrivain Vosgien dont les succès régionalistes ne se comptent plus est, cette année, le lauréat du Prix Erckmann-Chatrian, décerné brillamment par un jury honoré de la présence de l'académicien Louis Bertrand et malgré un départ vers le climat réparateur des Pyrénées. Laissez-moi vous dire, mon cher lauréat et ami, combien la juste récompense d'un talent si personnel et si répandu nous a satisfait après la communication de notre excellent rapporteur Henri Fremont dont l'état de santé excuse l'absence. Sa conclusion était formelle et notre vote l'a été, à peu près. D'ailleurs, les Louis Madelin, Charles-Brun, Daudier, Pierre Boyé, Fernand Rousselot n'avaient-ils pas placé vos œuvres et surtout votre dernier roman au premier rang de la littérature régionaliste, se plaisant tous à reconnaître que ce livre était plus et mieux qu'un simple roman d'inspiration purement régionaliste, une œuvre considérable à dessous psychologique très étudiés, un livre courageux, émouvant qui s'impose au premier rang de vos œuvres. Telles sont quelques phrases prises au hasard d'un palmarès victorieux.
Mais j'estime, mon cher lauréat, que mon rôle serait incomplet si je ne donnais à vos billets de la Mélanie, la place qui leur revient. Cette production quotidienne, et Dieu sait ce que ce mot quotidien évoque de tortures aux méninges du journaliste, j'en parle en tout état de cause, ayant été durant trois ans un des dirigeants d'un journal nancéien.
La Mélanie avec son homme le Joseph, le Mimile (le râce) et l'ami de la famille, Julien, ont, grâce à vous, droit de cité dans toute la Haute-Moselle. Par ces petits papiers vivants, colorés et pleins de la saveur du terroir, vous avez touché la masse, ce mot trop spécialisé actuellement dont je n'hésite pas à me servir, et ce n'est pas un mince mérite.
Un hasard heureux m'a permis de parcourir une lettre d'une de vos lectrices gérômoises, qui, ravie de vos recettes culinaires, insistait pour leur plus grande fréquence. Eh bien, mon cher Vatel, je m'associe à cette requête et ne souhaite qu'une chose, c'est de vous voir, en même temps qu'un Fernand Rousselot, mettre en pages dans un opuscule que nos visiteurs se procureraient dans les bons hôtels et restaurants, dans les syndicats d'initiative et librairies de Lorraine, les recettes d'une trentaine de nos inimitables spécialités. Je suis certain que notre commission de propagande lorraine, comprenant notamment les Maires de nos grandes cités, nous aiderait efficacement à transformer ce vœu en réalité et ce serait de l'excellent travail régionaliste, je m'en porte garant.
L'orateur termine en ces termes : — L'attribution du prix Erckmann-Chatrian, prix Goncourt des Marches de l'Est, que nous venons de décerner à Pol Ramber, n'ira pas sans lui créer de nouveaux devoirs et j'espère qu'un jour, l'Académie Française le couronnera ensuite comme plusieurs de nos lauréats. C'est notre souhait le plus cher.
M. Pol Ramber prononce ensuite le discours que nous insérons en 5e page.
Cette belle cérémonie se termine par un vin d'honneur qui groupait, outre les personnalités que nous avons citées tout au long de ce compte rendu, de nombreux conseillers municipaux.
Une fois de plus, M. Baudouin félicita le lauréat et but à sa santé, à celle des membres du Comité Erckmann-Chatrian et à la presse.
Pol Ramber s'est intéressé à toute la Lorraine. Rien de ce qui touche à l'existence de sa petite Patrie ne le laisse indifférent. Sa terre natale, il l'aime ; elle est pour son âme sensible un perpétuel sujet de découvertes, d'émotions et d'exaltantes joies.
En lui remettant aujourd'hui le Prix Erckmann-Chatrian, la Lorraine a voulu consacrer son talent d'écrivain et reconnaître son affection à la terre lorraine.
Nous nous joignons à tous les Vosgiens, à tous ses amis, pour renouveler à notre grand ami, à notre collaborateur, nos plus vives félicitations.