L'Est républicain
Société Erckmann-Chatrian : Remise du prix annuel au lauréat Pol Ramber
vendredi 7 mai 1937 · p. 6 · signé H.
Epinal, 6 mai. — Pour ne perdre aucune parcelle de l'âme qui l'informe, la Société Erckmann-Chatrian remet, chaque année, son prix dans le centre même de la vie de l'écrivain régionaliste qu'elle distingue.
Sans qu'on enlève quoi que ce soit aux droits de Rambervillers sur son enfant, c'est Epinal qui a vu l'épanouissement journalistique et littéraire de Pol Ramber. C'est donc Epinal qui recevra le comité de notre société lorraine, et c'est en plein dans son histoire plus que régionale, particulariste, que la vieille cité entendra l'éloge d'un des Vosgiens qui, par la constance de sa pensée, l'activité de sa plume, aura consacré tant de sa vie à l'exaltation de notre province.
A 11 heures, à l'Hôtel Moderne, un vin d'honneur réunit une phalange d'écrivains, où dominent les journalistes. C'est la réception confraternelle de la Société Erckmann-Chatrian par l'Amicale de la Presse des Vosges.
Le comité de la Société Erckmann-Chatrian, c'est son président, M. G. Sadler, assisté de MM. Emile Nicolas, Pierre Boyé, Henri Marchal : on voit par là quel précieux appoint lorrain nous recevons.
La municipalité est présentée par M. Beaudouin, maire d'Epinal, si attaché à toutes nos traditions vosgiennes, ses adjoints, M. Schwab, vieux Spinalien, érudit connaisseur de notre histoire, et M. Cordelier, qui peut appuyer sa présence en même temps de sa fonction municipale et de sa qualité de publiciste.
L'Amicale de la Presse vosgienne, qui reçoit, est représentée par son affable président, M. Courtin-Schmidt.
La presse comprend la plupart de ses membres.
Le Foyer Vosgien, avec M. l'abbé Litaize et M. Pierre Christophe.
L'Express de l'Est, avec son directeur, M. Doxin, ses rédacteurs : MM. Thernier, Roos, Huin, Jack Châtelain.
Le Télégramme, avec MM. Henri Masson, Henri Provost.
L'Eclair de l'Est, avec René d'Avril.
L'Est Républicain, avec Fernand Rousselot, Monnier, Henry.
La presse régionale, avec Joseph Marchal et M. Labreuvoie.
Enfin, l'archiviste départemental, M. Philippe ; le conservateur de la bibliothèque, M. Blaudez, tous deux également de la presse.
On ne saurait trop souligner la cordialité de cette assemblée, de qui, tout de même, on ne pouvait attendre qu'elle se tût. On parla donc, mais avec une sage modération : ce qui prouve l'admirable maîtrise de cette réunion.
M. Courtin-Schmidt, d'abord, accueillit ses hôtes : dire qu'il le fit avec une parfaite bonne grâce ne surprendra personne. M. Beaudouin répondit en adressant le salut d'Epinal au comité. M. G. Sadler remercia. Et Pol Ramber termina, sans finir : car, il y eut une suite, où il fut question, en aparté, de quiche lorraine, de sa recette authentique. Comparut Fernand Rousselot, dont les décisions font jurisprudence.
De la quiche-théorie, on passa à la quiche-réalité. Ce fut la table du Point-Central qui fit la démonstration pratique. Je ne sais la décision de Fernand Rousselot. Mais, modestement, je connais la mienne, et elle est excellente. Peut-être la pâte, si elle avait été celle de pain, eût-elle été le je ne sais quoi d'achevé qui eût confiné à la perfection ?...
Le reste du repas évolua, comme on s'y attend assez, avec la suite du menu, dignement apprécié par des hôtes compétents. On sait que les meilleurs sentiments ne sont jamais gênés par une bonne table, et s'y tiennent aussi bien que ceux qui les éprouvent. A ce point de vue, qui unissait excellent moral et physique à l'avenant, tout fut parfait.
Il ne faut pas que vous en doutiez : le moment le plus délicat fut celui qui prit, à l'hôtel de ville, près de deux heures.
Académisme tonique, traversé par une réalité qui nous dépassait, tout en se mêlant si intimement à nous : la réalité lorraine, manifestée par la solidarité intime des esprits et des idéaux, a donné une note où, sans émotion théâtrale, avec une virilité qui ne manquait pas de douceur, se sont mêlés cœurs et âmes.
M. Beaudouin, maire d'Epinal, prononça une belle allocution d'accueil, où il unit la Société Erckmann-Chatrian et son lauréat, Pol Ramber. Mis à même, par des circonstances personnelles, de connaître les réactions, à Saint-Benoît, du livre si connu de Pol Ramber, il conta quelques résultats de l'effet produit par la fantaisie de l'auteur auprès des habitants de l'aimable village de chez nous, et prouva les conséquences incalculables et imprévisibles qui guettent un écrivain et dépassent ses intentions et son but.
Ensuite, M. Courtin-Schmidt, en une allocution d'un académisme parfait, salua, en termes excellents, M. Georges Sadler. Nous devons aux relations personnelles de ces deux écrivains, un excellent aperçu sur M. Georges Sadler, qui, si excellemment connu qu'il soit dans le public cultivé de Lorraine, a reçu, de la présentation de M. Courtin-Schmidt, un surcroît d'estime éclairée.
M. Courtin-Schmidt s'adonna ensuite à tracer, de Pol Ramber, un historique complet du point de vue de son activité journalistique. Peut-être n'a-t-il pas souligné la précocité de la vocation de Pol Ramber, qui correspond, peu s'en faut, avec les dernières gouttes du lait maternel. Peut-être aussi son académisme a-t-il un peu trébuché dans son allusion à cette période de l'activité journalistique de Pol Ramber où, sous le signe d'un oiseau bavard, en compagnie de Zwingelstein et d'un tiers oiseau que je connais fort bien, on s'amassa les mètres cubes de pierre que la vérité appelle quand on n'en écache pas la pointe ? Pourtant, n'est-ce pas, Pol Ramber, cet âge héroïque, ne serait-ce que par la masse de désabusements et de mépris qui furent notre salaire, est bien celui qu'il nous arrive de regretter ?... On se battait, et pour des Lorrains, se battre...
M. Georges Sadler parle ensuite, avec l'affabilité simple qui est sienne, avec l'autorité de sa haute situation morale : car c'est un haut lieu de notre esprit, de notre âme, de notre sensibilité de Lorrains. Il rappellera aimablement à M. Beaudouin les relations antérieures sous le signe bénit de Saint-Hubert. Il dira ensuite à Pol Ramber la flatteuse attention du comité Erckmann-Chatrian, en raison de la décision qui justifie la fête de ce jour, et insistera sur Le Secret de Pierre Béchoux, dont il nous arriva de parler ici même, aux côtés des amis de Pol Ramber qui, comme Fernand Rousselot, l'ont fait dans le même sentiment de cordialité amicale.
M. Georges Sadler, avec ce fond positif de bon sens solidement planté sur deux jambes saines, exposa son désir de voir Ramber et Rousselot s'unir pour composer un livre de recettes de cuisine lorraine. Applaudissons. Qu'ils le fassent clair. Qu'ils s'inspirent des ressources du pays, en épices notamment. Qu'ils simplifient. Allez-y, messieurs.
Enfin, le dieu du jour, Pol Ramber, parle.
Si nous ne nous abusons, un clair petit opuscule, portant un titre grave, voire lourd : Le régionalisme et l'esprit régionaliste, diffusera son discours. Cela rend un singulier service au chroniqueur, car le refréner est impossible.
Est-ce pudeur d'âme ?... Est-ce doute sur la puissance de pénétration de sa conviction ?... En tout cas, Pol Ramber, dans ce travail, s'est oublié, lui dont la définitition n'est possible que par et qu'avec le régionalisme, lui qui n'aura pensé, agi, parlé et écrit qu'en fils de Rambervillers-la-Lorraine !
C'est un plaidoyer qu'il a fait et qu'il a réussi.
Combien eussions-nous préféré que, moins réservé, il eût, au contraire, entonné un péan, qui eût été si bien compris du milieu choisi qui l'écoutait et l'eût compris ! Nous eussions aimé quelques pages succulentes où Mélanie, cotte troussée, lèvres pincées, yeux un peu de biais, vous eût servi quelques rosseries que la sauce de chez nous — sauce blanche, dissimulant des câpres — rendent si efficaces, si pénétrantes et si irréductibles aux réfutations du moment.
Pour nous, cette journée a une signification spéciale que nous aimerions voir partagée d'une audience plus ample. D'un cœur commun, nous avons décidé ce que nous appelons d'un esprit commun : la fécondité des forces nationales, grâce à l'appoint de santé en provenance des bons ouvriers de notre âme lorraine : les Sadler et ses amis du Comité Erckmann-Chatrian, les Pol Ramber, les édiles municipaux, à l'esprit ample, comme ceux qui présidaient cette cérémonie, nos amis et confrères, tous unis dans le même amour de notre petite patrie et de la France.
H.
FICHE SUGGÉRÉE (Revue de presse) : nature « Compte rendu » ; année du Prix : 1936 ; auteur : « H. » ;
personnes citées : Pol Ramber, Georges Sadler, Émile Nicolas, Pierre Boyé, Henri Marchal, Fernand Rousselot,
Léon Malgras (René d'Avril).