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Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1936

Le Vosgien (Paris), journal régionaliste mensuel, organe officiel des Associations vosgiennes de Paris et de Province

M. Pol RAMBER reçoit le Prix Erckmann-Chatrian 1937

mardi 1er juin 1937 · p. 2


Le Comité Erckmann-Chatrian vient d'attribuer son prix annuel de 1937 à l'un de nos meilleurs écrivains régionalistes, à M. Louis Bagrel, plus connu sous le pseudonyme transparent de Pol Ramber.

Nul plus que lui ne méritait cet hommage, et l'ensemble de son œuvre régionaliste a ceci d'attachant : c'est qu'elle est toute entière consacrée aux Vosges. C'est donc, en plus des talents incontestés du conteur et de l'observateur, sa fidélité de pensée que le Comité Erckmann-Chatrian a voulu récompenser.

Le 6 mai, à 11 heures, un vin d'honneur réunissait à l'Hôtel Moderne d'Epinal, M. Baudouin, maire ; MM. Schwab et Cordelier, adjoints ; M. Pol Ramber ; MM. Sadler, Président, Emile Nicolas, Pierre Boyé, Henri Martin, Fernand Rousselot et René d'Avril, membres du Comité Erckmann-Chatrian ; MM. Courtin-Schmidt, Président ; le Comité et les membres de l'Amicale de la Presse Vosgienne.

Un banquet tout amical réunit ensuite, autour de Pol Ramber, au Point Central, ses amis écrivains et journalistes.

Mais la fête, les discours et l'attribution du prix eurent pour cadre le grand salon de l'Hôtel de Ville d'Epinal, où récipiendaire, donateurs et invités furent reçus par M. Baudouin, maire, et par la Municipalité.

M. Baudouin, pour faire les honneurs de la Mairie à ses hôtes, prononça un excellent discours, précédant ceux de M. Courtin-Schmidt au nom de l'Amicale de la Presse Vosgienne, et de M. Sadler au nom du Comité Erckmann-Chatrian.

M. Pol Ramber y répondit par une belle page d'éloquence... belle page de journal s'entend... ce qui m'interdit à regret de ne pouvoir la reproduire dans les colonnes trop exigües du Vosgien. Dans sa définition attrayante et bien étayée du régionalisme, le héros de cette fête oublia, bien entendu, de parler de son œuvre.

Ancien collaborateur de Pol Ramber, ce n'est pas, cependant, à cette collaboration sans histoire — sinon sans histoires — que je peux en référer pour le présenter à mes lecteurs.

Je connais quelques milliers de Vosgiens pour lesquels le Billet de la Mélanie est aussi indispensable que le petit déjeuner du matin. Quand un écrivain a réussi à intégrer sa verve quotidienne et sa pensée dans les soucis journaliers de ses contemporains, il a droit, incontestablement, à n'être plus ignoré des Vosgiens déracinés, qui n'ont pas, comme nos compatriotes des Vosges, la possibilité de connaître, au jour le jour, les réflexions ou les imprécations de la Mélanie.

C'est au discours de M. Courtin-Schmidt que j'emprunterai les éléments de cette connaissance. S'adressant à Pol Ramber, M. Courtin-Schmidt s'écrie :

Mon cher confrère,

« Si j'en crois la rumeur publique personnifiée en l'occurrence par un communiqué que nos journaux ont accueilli favorablement la semaine dernière, c'est à Epinal, au lendemain de la guerre, durant laquelle le brancardier Louis Bagrel ne cessait d'écrire, en ses loisirs du front, sous le pseudonyme de Louis L'Hôte, que vous êtes venu vous fixer pour vous consacrer entièrement au journalisme.

Officiellement, vous avez fait vos débuts au Télégramme des Vosges ; mais, l'indépendance de votre caractère s'accommodant mal des principes un peu austères de cette maison, vous avez passé la main à un confrère dont les propos plus... graves contrastaient avec l'humour que vous aimez répandre dans les vôtres.

Par la suite, votre plume s'est plu à... jacasser un peu à droite... et à gauche.

Puis, un beau jour, lâchant la politique, ses pompes et ses œuvres — est-ce moi qui vous en blâmerai ? — vous avez mis un point final à vos philippiques.

Retiré en votre Thébaïde de la rue Notre-Dame-de-Lorette, vous y avez façonné la trame de l'œuvre copieuse et sincère à laquelle vous avez donné, depuis, tout votre effort.

Certain jour, vous rendant à Rambervillers — votre petite ville natale que vous aimez tant — vous avez trouvé votre chemin de Damas... de Damas-aux-Bois.

J'entends par là qu'à l'ombre des mirabelliers, chers à Fernand Rousselot, vous avez rencontré un personnage de votre enfance qui vous était des plus familiers.

Ce personnage n'était autre que la Mélanie... Vous vous êtes reconnus... Vous avez bavardé... La Mélanie vous a confié tous ses secrets... ceux du voisinage et de son ménage. Vous n'avez pu résister au plaisir de nous en faire part, et nous vous en rendons grâce.

Comme l'a dit très justement L'Express de l'Est, votre Mélanie s'est installée en confidente sous tous les toits vosgiens où elle apporte sa bonne humeur, ses fiauves émaillées d'expressions de terroir qui, grâce à elle, ne se perdront pas avec la jeune génération, la verdeur de son langage et aussi, il faut bien l'avouer, ses leçons, lesquelles, pour être données avec le sourire, ne portent que mieux.

Votre œuvre est féconde. Sans parler des quelques comédies ou saynètes que vous avez fait représenter au cours de différentes manifestations théâtrales, vous avez publié une série de romans qui va des Frasques de la Mélanie à Un mari parfait, en passant par Le Secret de Pierre Béchoux, que je considère pour l'instant comme votre œuvre capitale.

Un livre qui dépasse de beaucoup le cadre régionaliste, a écrit le président de l'Association des Ecrivains Lorrains, Pierre Boyé. Il est non seulement, a-t-il ajouté, d'un excellent écrivain, mais aussi d'un profond psychologue.

« Œuvre solidement charpentée et qui atteint à un pathétisme intense », a déclaré le critique littéraire Charles Daudier, professeur au Lycée Montaigne.

Et sous la plume de Fernand Rousselot : Le Secret de Pierre Béchoux, un livre émouvant, souvent dramatique, une simple, mais pathétique histoire que l'auteur nous conte avec toute sa sensibilité d'écrivain et tout son cœur de Lorrain ».

« Livre courageux, livre émouvant, qui s'impose au premier rang des œuvres de Pol Ramber. »

Et c'est cette appréciation que la Société Erckmann-Chatrian a fait sienne, en vous remettant le prix qu'elle décerne chaque année à un bon ouvrier des lettres lorraines.

Soyez certain, mon cher Ramber, que tous vos confrères, présents ou absents, se réjouissent de la récompense qui vous est accordée.

Puis il termine :

— Quand vous entendrez les gars de Luchon et de Cauterets, de Gave, de Rebenacq ou de Saint-Jean Pied-de-Port, entonner le couplet légendaire :

Montagnes des Pyrénées,
Vous êtes mes amours...

vous les applaudirez, puis, les yeux tournés vers l'Est, songeant à la Mélanie, à la cousine de Padoux et à celle de Saint-Benoît, au cousin Michel et au galant de la Joséphine, vous accorderez un doux souvenir à nos ballons romantiques, nos forêts antiques, ainsi qu'au frais rivage de nos rupts triomphants.

Et vous redirez du fond du cœur, avec le bon chansonnier Albert Montémont :

De nos vallons, de nos montagnes,
De nos belles campagnes,
Vosgiens, chantons avec fierté
Les trésors et la liberté.

Puis, ensuite, à M. Sadler :

« Pol Ramber, l'écrivain Vosgien dont les succès régionalistes ne se comptent plus, est, cette année, le lauréat du Prix Erckmann-Chatrian, décerné brillamment par un jury honoré de la présence de l'académicien Louis Bertrand et malgré un départ vers le climat réparateur des Pyrénées. Laissez-moi vous dire, mon cher lauréat et ami, combien la juste récompense d'un talent si personnel et si répandu nous a satisfait après la communication de notre excellent rapporteur Henri Fremont dont l'état de santé excuse l'absence. Sa conclusion était formelle et notre vote l'a été, à peu près. D'ailleurs, les Louis Madelin, Charles Brun, Daudier, Pierre Boyé, Fernand Rousselot n'avaient-ils pas placé vos œuvres et surtout votre dernier roman <l>au premier rang de la littérature régionaliste, se plaisant tous à reconnaître que ce livre était plus et mieux qu'un simple roman d'inspiration purement régionaliste, une œuvre considérable à dessous psychologique très étudiés, un livre courageux, émouvant qui s'impose au premier rang de vos œuvres. Telles sont quelques phrases prises au hasard d'un palmarès victorieux.

Mais j'estime, mon cher lauréat, que mon rôle serait incomplet si je ne donnais à vos billets de la Mélanie, la place qui leur revient. Cette production quotidienne, et Dieu sait ce que ce mot quotidien évoque de tortures aux méninges du journaliste, j'en parle en tout état de cause, ayant été durant trois ans un des dirigeants d'un journal nancéien.

La Mélanie avec son homme le Joseph, le Mimile (le râce) et l'ami de la famille, Julien, ont, grâce à vous, droit de cité dans toute la Haute-Moselle. Par ces petits papiers vivants, colorés et pleins de la saveur du terroir, vous avez touché la masse, ce mot trop spécialisé actuellement dont je n'hésite pas à me servir, et ce n'est pas un mince mérite.

Un hasard heureux m'a permis de parcourir une lettre d'une de vos lectrices gérômoises, qui, ravie de vos recettes culinaires, insistait pour leur plus grande fréquence. Eh bien, mon cher Vatel, je m'associe à cette requête et ne souhaite qu'une chose, c'est de vous voir, en même temps qu'un Fernand Rousselot, mettre en pages dans un opuscule que nos visiteurs se procureraient dans les bons hôtels et restaurants, dans les syndicats d'initiative et librairies de Lorraine, les recettes d'une trentaine de nos inimitables spécialités. Je suis certain que notre commission de propagande lorraine, comprenant notamment les Maires de nos grandes cités, nous aiderait efficacement à transformer ce vœu en réalité et ce serait de l'excellent travail régionaliste, je m'en porte garant. »

L'orateur termine en ces termes :

— L'attribution du prix Erckmann-Chatrian, prix Goncourt des Marches de l'Est, que nous venons de décerner à Pol Ramber, n'ira pas sans lui créer de nouveaux devoirs et j'espère qu'un jour, l'Académie Française le couronnera ensuite comme plusieurs de nos lauréats. C'est notre souhait le plus cher. »

Ajoutons que le Prix Erckmann-Chatrian fut déjà décerné à un Vosgien, M. Mathis de Fraize (aujourd'hui décédé), pour ses livres Les Héros de Fraize et La Fille du Diable.

FICHE SUGGÉRÉE (Revue de presse) : nature « Compte rendu » ; année du Prix : 1936 ;
personnes citées :

APPORTS PROPRES :
- Le discours de Sadler en entier : RAPPORTEUR du prix 1936 = HENRI FRÉMONT (absent, malade) ; jury « honoré de la présence »
de Louis Bertrand ; vote « formel… à peu près » (presque unanime).
- Sadler a été « durant trois ans un des dirigeants d'un journal nancéien ».
- Bibliographie de Ramber : « Les Frasques de la Mélanie », « Un mari parfait », « Le Secret de Pierre Béchou(x) » ;
ses débuts au « Télégramme des Vosges » ; domicile rue Notre-Dame-de-Lorette (à Épinal ?).

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