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Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924

Histoire du Comité Erckmann-Chatrian

Plus d'un siècle au service de la littérature lorraine

Plus d'un siècle au service de la littérature lorraine

Le Comité Erckmann-Chatrian est une association littéraire de droit local, inscrite au registre des associations du tribunal de Metz. Né à Nancy en 1914 sous le nom de Société Erckmann-Chatrian, il décerne depuis 1924 le Prix Erckmann-Chatrian, surnommé dès les années 1930 le “Goncourt lorrain”, et, depuis 1989, des bourses consacrées à l'histoire et au patrimoine de la Lorraine.

Repères

Date Événement
17 juillet 1913 Émile Hinzelin et Georges Sadler réunissent à Nancy une vingtaine de personnalités lorraines autour d'un projet de Société Erckmann-Chatrian.
Novembre 1913 Georges Sadler est reçu par le président de la République, Raymond Poincaré, qui approuve le projet.
Noël 1913 Seconde réunion, chez Walter, le célèbre restaurateur nancéien.
Janvier 1914 Création officielle de la Société Erckmann-Chatrian.
1914-1918 Aide aux réfugiés et engagés alsaciens et mosellans ; 5 000 livres d'Erckmann-Chatrian distribués.
Juin 1924 Fondation du Prix littéraire Erckmann-Chatrian, doté de 500 francs et réservé aux auteurs nés en Lorraine.
20 octobre 1924Premier prix, attribué à Léopold Bouchot, directeur d'école à Nancy, pour ses leçons d'histoire de la Lorraine ; remise le 7 mars 1925 à Nancy.
25 mars 1926 Le maréchal Lyautey remet à Nancy le prix à Eugène Mathis, de Fraize.
1933-1939 Le lauréat Henri Gaudel salue en 1933 le « prix Goncourt des Lorrains » ; la presse lorraine parle bientôt du « Goncourt lorrain », et le Journal des Débats reprend l'expression à Paris en 1939.
12 mai 1934 À Corny-sur-Moselle, la Société se réorganise en Comité Erckmann-Chatrian ; Georges Sadler en devient président, Émile Hinzelin président d'honneur.
9 octobre 1937 Mort d'Émile Hinzelin, président fondateur.
2 novembre 1939 Le jury couronne Martin de Briey ; la guerre empêchera la remise du prix.
1940-1944 Le Comité suspend ses activités ; aucun prix n'est décerné.
1er décembre 1945 Reprise à Metz, où le Comité installe son siège à l'hôtel de ville ; prix à Fernand Fizaine pour La Patrie perdue.
21 mars 1954 Quarantenaire du Comité à Metz.
30 avril 1958 Mort de Georges Sadler à Pont-à-Mousson.
Octobre 1959 À Épinal, le Comité décide de poursuivre son œuvre après la mort de Georges Sadler et élit Albert Schneider.
7 mai 1989 À Phalsbourg, Roger Bichelberger succède à Albert Schneider ; création de la Bourse du récit historique et de la monographie.
1993 La bourse de 1989 devient la Bourse Histoire ; création de la Bourse Lorraine.

Une société née à la veille de la guerre (1913-1923)

Tout commence, selon le récit qu'en fit plus tard l'un de ses membres, un soir de Noël 1913, à Nancy, dans les salons du restaurant Walter : treize Lorrains s'y réunissent autour d'une idée : garder vivante, face à l'Alsace et à la Moselle annexées, la mémoire des provinces perdues. Le 13 janvier 1914, la Société Erckmann-Chatrian devient officielle, sous le haut patronage du président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré. Le nom n'est pas choisi au hasard : Émile Erckmann, né à Phalsbourg, et Alexandre Chatrian avaient fait connaître dans toute la France la vie des petites gens de la frontière de l'Est, et Erckmann était mort à Lunéville, en exil de sa ville natale.

Quelques mois plus tard, la guerre éclate. La Société se consacre alors tout entière à l'œuvre alsacienne-lorraine : un bureau installé à la préfecture de Nancy, où travaille le lieutenant Jean-Pierre Jean, vient en aide aux Alsaciens-Lorrains ; l'assistance aux populations est menée avec le préfet Léon Mirman. Son action s'étend jusqu'à Lyon et dans les pays neutres, avec le concours du ministère des Affaires étrangères ; des dons arrivent, rappellera-t-on, même de Chine et du Japon. La Société diffuse quelque cinq mille volumes et verse plus de cent mille francs à des œuvres de guerre.

La victoire venue, elle demeure : devenue un groupement de dirigeants lorrains, elle conserve le patronage des présidents de la République successifs, Poincaré, Deschanel, Millerand, Doumergue, et compte Maurice Barrès pour président d'honneur. Ce patronage présidentiel ne se démentira pas : Paul Doumer, puis Albert Lebrun, nommé premier vice-président de la Société avant son élection à l'Élysée, le continueront.

Un prix littéraire (1924)

En juin 1924, la Société fonde le Prix littéraire Erckmann-Chatrian. Le règlement, publié dans la presse, tient en six articles : un prix annuel de cinq cents francs, qui ne sera pas partagé, réservé aux auteurs nés en Lorraine, pour des ouvrages en prose du caractère des œuvres d'Erckmann-Chatrian ; les envois doivent parvenir avant le 1er octobre ; le jury est présidé par l'écrivain Émile Hinzelin. La cheville ouvrière en est un jeune administrateur, Georges Sadler, qui écrira plus tard : Je mis sur pied…

Le 20 octobre 1924, réuni au siège social, le comité attribue son premier prix à Léopold Bouchot, directeur de l'école de la rue Braconnot, à Nancy, pour ses leçons d'histoire de la Lorraine et de l'Alsace destinées aux écoles. Le même jour, il vote cinq cents francs pour le monument de Barrès, son regretté président d'honneur, sur la colline de Sion. Bouchot reçoit son prix, avec une médaille, le 7 mars 1925, à la Chambre de commerce de Nancy, lors de l'assemblée générale présidée par Émile Hinzelin.

Ainsi s'installe, dès la première année, un rythme qui ne variera guère : le prix est décidé à l'automne et remis au printemps suivant, au cours d'une fête publique. C'est pourquoi le palmarès de ce site range chaque prix sous l'année de sa décision : le prix 1924 a été remis en 1925, le prix 1925 en 1926, et ainsi de suite. La presse de l'époque, elle, désignait souvent le prix par l'année de sa remise, ce qui explique bien des confusions ultérieures.

Les premiers lauréats (1925-1929)

Le prix 1925 va à un instituteur vosgien, Eugène Mathis, de Fraize, pour Les Héros, gens de Fraize, roman de la résistance des paysans de la haute Meurthe pendant la guerre de Trente Ans. Le 25 mars 1926, dans les salons Walter, il le reçoit des mains du maréchal Lyautey, devenu président d'honneur de la Société, qui fait de lui un vif éloge. L'Académie française couronnera Mathis quelques mois plus tard.

Le prix 1926 honore Jean-Pierre Jean, ancien député de la Moselle et délégué général du Souvenir français, le lieutenant du bureau alsacien-lorrain de 1914. Il le reçoit le 27 février 1927 à l'hôtel de ville de Metz, au cours d'une journée que la presse jugea sans précédent : pour la première fois, la municipalité de Metz recevait officiellement celle de Nancy.

Gabriel Gobron reçoit le prix 1927 le 12 avril 1928, à Nancy, pour l'ensemble de son œuvre, et particulièrement pour son roman L'Ermonec ; Henri Thiéry, inspecteur primaire à Verdun, né au pays de Jeanne d'Arc, le prix 1928 pour Notre Lorraine, le 3 février 1929 à Verdun, en présence des municipalités de Metz, de Verdun et de Nancy.

Le prix 1929 ne couronne pas un écrivain mais une œuvre collective : Les Lectures lorraines, publiées par la Société lorraine des études locales dans l'enseignement public, que présidait l'historien Robert Parisot, avec une préface de Lyautey. Le prix est remis le 1er mars 1930 dans le grand amphithéâtre de la Faculté des lettres de Nancy, sous la présidence du recteur Louis Bruntz.

On croise aussi, en mars 1929, un prix remis à Hippolyte Roy pour l'ensemble de ses ouvrages sur la Lorraine, sous la présidence de Lyautey : la Société ne l'a jamais compté dans la série de ses lauréats annuels.

Un prix qui voyage (1930-1934)

Très tôt, la Société prend l'habitude de remettre son prix dans les différentes villes de Lorraine : Nancy, Metz (où la remise du prix à J.-P. Jean, le 27 février 1927, réunit pour la première fois officiellement les municipalités de Metz et de Nancy), Verdun en 1929, Lunéville (Fernand Rousselot, de Lunéville, reçoit le prix 1930 pour À l'ombre du mirabellier le 10 mai 1931 à Lunéville, là même où Erckmann avait fini ses jours), Bar-le-Duc, Bayon en 1933 (Henri Gaudel le reçoit le 23 avril 1933, pour Histoires de chez nous ; il le salue ce jour-là comme le prix Goncourt des Lorrains), Corny-sur-Moselle (Maurice Garçot, lauréat 1933, le reçoit le 12 mai 1934), puis Épinal en 1937. La tradition se perpétue aujourd'hui.

Le prix 1931, attribué au Verdunois Henri Frémont pour Réfugiés meusiens, devait être remis en grande pompe à Bar-le-Duc en mai 1932 ; l'assassinat du président Paul Doumer, sous le haut patronage duquel se trouvait alors la Société, fait annuler la fête, et une simple délégation le remet à Verdun.

L'assemblée de Corny marque un tournant en 1934. Un groupement de Phalsbourg s'étant approprié le nom de Société Erckmann-Chatrian, et la faillite de la Banque Renauld ayant pesé sur les finances, la Société se réorganise et prend le nom de Comité Erckmann-Chatrian : ses membres doivent désormais résider en Lorraine, les cotisations sont doublées, et le prix est porté à mille francs. Georges Sadler, qui dirigeait la Société depuis ses débuts comme administrateur puis directeur, en est élu président pour trois ans ; Émile Hinzelin, président depuis la fondation du prix, en devient président d'honneur.

Les dernières années de paix (1935-1939)

Le Comité réorganisé prend ses habitudes. Le jury, qui compte alors cinq à sept membres autour de Georges Sadler (Pierre Boyé, René d'Avril, Émile Nicolas, Fernand Rousselot, le Messin Delaunay, puis d'anciens lauréats comme Marcel Grosdidier de Matons et Henri Frémont), délibère à l'automne au cours d'un déjeuner dans un restaurant de Nancy, le Capucin Gourmand, le Grand Vatel ou le restaurant Thiers ; la presse parle volontiers du déjeuner annuel du prix Goncourt lorrain. Marcel Grosdidier de Matons, de Metz, couronné en 1934 pour ses livres sur la Lorraine, reçoit son prix le 19 mai 1935 au Capucin Gourmand, des mains du préfet Bosney. L'année suivante, le prix va au chanoine Auguste Humbert, aumônier du lycée de Bar-le-Duc, pour André Theuriet et Madame Jenkin ; l'académicien Louis Bertrand, qui siège désormais au jury, devait présider la fête du 10 mai 1936, au Grand Vatel, mais la maladie le retient.

Le 6 mai 1937, le Comité se rend pour la première fois officiellement dans les Vosges : à l'hôtel de ville d'Épinal, il remet le prix 1936 à Pol Ramber, pseudonyme de Louis Bagrel, pour l'ensemble de son œuvre régionaliste. Le romancier n'avait pas fait acte de candidature ; c'est le Comité qui est allé le chercher, et la tradition veut, rappelle-t-on ce jour-là, que le prix soit remis dans la ville du lauréat. Quelques mois plus tard, le 9 octobre 1937, meurt Émile Hinzelin, le président fondateur.

Le prix 1937 sort des rangs des écrivains : il couronne le graveur Paul-Émile Colin, pour En Lorraine, par sentiers et venelles, livre de cent cinq bois originaux publié à Metz par Paul Even. La dépêche annonçant la nouvelle est reprise par plusieurs journaux de Paris et de province, et la remise, le 26 mai 1938, jour de l'Ascension, à l'hôtel de ville de Metz, achève de sceller l'alliance des deux capitales lorraines : la Ville de Metz vient d'adhérer au Comité comme membre bienfaiteur. La qualité prime la quantité, dit ce jour-là Georges Sadler de son état-major de dirigeants lorrains.

Le prix 1938 honore Henri Bataille-Terraux pour les fouilles qu'il conduit au château de Vaucouleurs. Le lundi de Pentecôte 29 mai 1939, dans une cérémonie volontairement intime, Sadler lui remet une médaille d'argent à l'effigie de Jeanne d'Arc, frappée par la Monnaie de Paris. Le Comité prépare alors les fêtes de ses vingt-cinq ans, prévues à Metz en septembre et à Nancy en octobre 1939. La guerre les emporte.

Le jury se réunit pourtant à Nancy le 2 novembre 1939 et couronne à l'unanimité Le Jardin de Vaudémont, roman du journaliste Martin de Briey ; le maire de Nancy promet au lauréat la médaille de vermeil de la Ville, et le Journal des Débats annonce à ses lecteurs parisiens la réunion du jury du prix Goncourt lorrain. La remise, prévue à Nancy vers la mi-mai 1940 en présence du président Lebrun, n'aura jamais lieu.

La guerre et la renaissance (1940-1946)

En novembre 1940, le jury ne se réunit pas pour son déjeuner traditionnel, la remise du prix 1939 n'ayant pas encore pu être faite. Le Comité entre dans ce que l'on appellera plus tard un sommeil de Belle au bois dormant. Selon Georges Sadler, il disparaît momentanément pour ne pas avoir à se soumettre aux déclarations exigées par l'occupant ; son conseil d'administration se serait réuni clandestinement à Nancy pour préparer la reprise, en juin 1941 ou en juin 1942 selon les communiqués.

Dès août 1945, Sadler, revenu en Lorraine, annonce la renaissance du Comité. Celle-ci a lieu à Metz, où le maire Gabriel Hocquard lui offre l'hospitalité de l'hôtel de ville, qui devient son siège. Le 1er décembre 1945, le jury, interrompu pendant cinq ans, couronne La Patrie perdue, de Fernand Fizaine, né à Moyeuvre-Grande, journaliste à l'Agence France-Presse : un livre achevé en 1943 et caché à la Gestapo. Au lendemain de cette réunion meurt Marcel Grosdidier de Matons, lauréat de 1934 et pilier du jury. L'heure est au patriotisme sans nuances : en décembre 1945, le Comité appelle les Mosellans à proscrire autant que possible l'usage du dialecte germanique.

Le 27 avril 1946, Metz célèbre à la fois la remise du prix à Fizaine et le trentenaire du Comité, avec deux ans de retard : le maire remet à Georges Sadler une médaille de la Ville coulée dans le bronze des statues allemandes renversées en 1918. Nancy fait de même en octobre, avec sa médaille d'honneur. Le prix 1946 va à Jules Blache, préfet de la Libération en Meurthe-et-Moselle, pour Le Grand Refus, écrit sous l'Occupation. Le règlement publié cette année-là fixe noir sur blanc la règle que ce site applique : le prix est attribué en novembre, au déjeuner du jury, et remis au mois de mai suivant dans une ville de la région.

Une histoire récrite (1935-1946)

Le palmarès que présente ce site diffère de celui que l'on a longtemps répété, et la faute n'en revient pas aux historiens : c'est le Comité lui-même qui a récrit son histoire. En 1935 déjà, l'historique publié par Georges Sadler place Eugène Mathis avant Léopold Bouchot. Dix ans plus tard, au sortir de la guerre, la version se fixe. Dans un communiqué de mai 1946, le Comité affirme que le prix existe « depuis 1925, date de sa fondation », qu'il « a débuté assez modestement avec les contes vosgiens d'un instituteur retraité, goûtés particulièrement par le maréchal Lyautey » — Mathis, donc — et que la presse parisienne l'a baptisé « Goncourt lorrain ». Bouchot, premier lauréat en 1924, n'y figure plus que parmi les auteurs d'« anthologies », et Robert Parisot y est compté parmi les lauréats, alors que le prix de 1929 avait couronné la Société dont il était le président. Quant au surnom, sa plus ancienne trace connue n'est pas parisienne : c'est un lauréat lorrain, Henri Gaudel, qui parle à Bayon, en 1933, du « prix Goncourt des Lorrains ». La presse de l'époque, que ce site a dépouillée année par année, permet de rétablir les faits : un prix fondé au printemps 1924, décerné pour la première fois le 20 octobre 1924 à Léopold Bouchot.

Sources : L'Est républicain, 25 octobre 1924 et 30 mai 1946 ; L'Est républicain, 26 septembre 1935 (historique de Sadler) ; Le Messin, 28 août 1932 (liste officielle des lauréats « depuis sa fondation, en 1924 ») ; Le Télégramme des Vosges, 25 avril 1933.

Le Goncourt lorrain de Georges Sadler (1947-1958)

Georges Sadler, l'âme du Comité

La Société, devenue Comité Erckmann-Chatrian, est désormais marquée par la forte personnalité de Georges Sadler, né à Nancy le 16 octobre 1879, qui succède à Émile Hinzelin en 1934 et préside jusqu'à sa mort, à Pont-à-Mousson, le 30 avril 1958. Il fait du Comité un organisme solidement implanté en Lorraine, vivant, utile et soutenu par les pouvoirs publics.

Il s'entoure d'un comité de lecture de quelques membres, écrivains, professeurs, érudits et administrateurs : Maurice Garçot, les professeurs d'université Cressot et Dimoff, l'historien René Bour, le folkloriste René Schamber, Marcel Vert, professeur de lettres et adjoint au maire de Metz, le Meusien Lucien Braye, avoué et grand érudit, le Messin Gabriel Hocquard. Chacun y exerce à tour de rôle la fonction de rapporteur. Pour attribuer le prix, on tient compte de la valeur des candidats et des livres, mais aussi de la répartition géographique : le prix va chaque année à un autre département lorrain.

Le prix dans toute la Lorraine

Le prix reprend sa course de ville en ville. Le 29 mars 1948, le Vosgien Jacques Dieterlen reçoit le prix 1947 pour son roman Hohneck à Gérardmer, ville martyre incendiée par l'occupant, en présence des préfets des trois départements. Le 3 avril 1949, André Monnier-Zwingelstein, né à Bussang de parents alsaciens, reçoit à Pont-à-Mousson le prix 1948 pour Clair-Moutier, élu par quatre voix contre trois. Le 15 mai 1949, le Comité célèbre à Phalsbourg, sous la présidence de Robert Schuman, le cinquantenaire de la mort d'Erckmann.

Les délibérations elles-mêmes deviennent un événement : le déjeuner du jury, à Metz ou à Nancy, réunit préfets, maires et recteur, et la proclamation est retransmise par la radio. En 1949, le journaliste Gabriel Bichet, le « Mohican » de ses billets quotidiens, l'emporte au second tour, par quatre voix contre trois, avec Évadés. Suivent l'historien messin René Bour pour son Histoire illustrée de Metz (1950), le chanoine Camille-Paul Joignon pour son histoire de Ligny-en-Barrois (1951) et le conteur vosgien Léon Fresse pour ses Contes de la Vallée des Lacs (1952) ; cette année-là, le Comité fête aussi les quarante ans d'action lorraine de son président.

Le prix 1953 revient, comme celui de 1929, à une œuvre collective : la revue Le Pays lorrain, que reçoit son directeur Pierre Marot. La remise a lieu le 21 mars 1954 à l'hôtel de ville de Metz, au cours des fêtes du quarantenaire du Comité. La même année, le président René Coty lui accorde son haut patronage, renouant avec une tradition présidentielle née sous Poincaré, et félicite personnellement le lauréat 1954, Georges Coanet, couronné pour Metz pour nous deux, illustré par Camille Hilaire.

La méthode du jury s'affine : depuis 1952 environ, une commission préalable retient, parmi une quinzaine de candidatures, deux ou trois ouvrages que le rapporteur présente au jury. C'est l'ancêtre de la sélection de cinq finalistes que pratique aujourd'hui le Comité. Le prix va encore à l'archiviste Étienne Delcambre (1956) et à l'historien spinalien Paul Testart (1958). Mais l'âge vient pour le fondateur, et la presse se fait plus discrète.

Selon le bilan dressé par Albert Schneider, les 29 prix décernés sous la présidence de Georges Sadler ont récompensé douze historiens, trois romanciers, une étude d'histoire littéraire, une anthologie lorraine et cinq ouvrages divers : les ouvrages historiques remportent la palme.

Le testament de Georges Sadler

À sa mort, Georges Sadler laisse une sorte de testament sur l'avenir du Comité. Il lui propose trois voies : se dissoudre, se fondre dans l'Académie nationale de Metz, ou poursuivre ses activités. En octobre 1959, réunis à Épinal pour remettre le prix 1958 à l'historien spinalien Paul Testart, les membres du Comité en prennent connaissance et en débattent longuement. Ils décident, à une large majorité, de continuer, et élisent pour président le professeur Albert Schneider.

La présidence d'Albert Schneider (1959-1989)

Albert Schneider n'accepte la présidence qu'à trois conditions, qu'il rappellera plus tard :

« On mènerait une politique de qualité et de stricte loyauté. Le petit Comité de lecture serait remplacé par un véritable Jury de neuf personnes. Chaque membre du Jury aurait à lire les ouvrages de tous les candidats et exprimerait son vote à bulletins secrets, après discussion avec les confrères. »

Ces conditions acceptées, une ère nouvelle s'ouvre. Le prix 1959 va à un Verdunois, René Vigneron, pour un beau roman meusien, Aubes. Le choix est heureux : Vigneron recevra ensuite un prix de l'Académie de Stanislas et un prix de l'Académie française.

Pendant trente ans, la présidence d'Albert Schneider se distingue par la réorganisation du Comité, un style nouveau et une politique rigoureuse. Ses 29 prix couronnent vingt-deux romanciers et sept historiens. Le jury, très sensible au niveau littéraire, préfère de plus en plus le roman, sans exclusive : un conteur peut parfaitement obtenir le prix. Il tient compte de l'œuvre couronnée, mais aussi de la valeur de l'écrivain, de ses productions antérieures et de son avenir probable, et il hésite à couronner un tout premier livre.

Depuis 1989 : le prix et les bourses

La passation de Phalsbourg

Le 7 mai 1989, à Phalsbourg, ville natale d'Émile Erckmann, Roger Bichelberger succède à Albert Schneider, qui devient président d'honneur et reste membre du jury. Le même jour, le jury prend à l'unanimité une série de décisions :

  • création d'une Bourse Erckmann-Chatrian du récit historique et de la monographie, le prix devenant plus spécifiquement littéraire ;
  • parrainage du prix et de la bourse par les Caisses d'Épargne de Moselle ;
  • remise à chaque lauréat d'un diplôme dessiné par Jean Morette ;
  • élargissement du jury de neuf à onze membres, et création d'une commission historique, présidée par René Bour, pour l'attribution de la bourse ;
  • réforme du règlement : suppression de la lettre de candidature et de l'interdiction de récompenser un ouvrage déjà couronné ; c'est au jury de susciter les candidatures, en observateur attentif de la production littéraire lorraine ;
  • publication d'une première et d'une seconde sélection, début octobre et début novembre.

Le prix est désormais proclamé à Metz en novembre et remis solennellement au printemps suivant, dans la ville du lauréat.

Deux bourses

En 1993, la bourse de 1989 devient la Bourse Histoire, qui couronne les travaux des historiens, et le Comité crée la Bourse Lorraine, consacrée aux documents, monographies et ouvrages sur le patrimoine. Toutes deux sont décernées dans les mêmes conditions que le prix. Le Conseil régional de Lorraine dote les prix de 1997 à 2020.

Les présidents

Après Émile Hinzelin, Georges Sadler, Albert Schneider et Roger Bichelberger, le Comité a été présidé par Michel Caffier, Philippe Claudel, Gaston-Paul Effa, Gilles Laporte, Bernard Visse et Fabienne Henryot.

Les objectifs du Comité

Albert Schneider les résumait ainsi :

  • entretenir la mémoire des bons écrivains lorrains ou traitant de la Lorraine, et celle d'Erckmann-Chatrian en particulier, et donc sauvegarder le patrimoine littéraire de la Lorraine ;
  • découvrir et faire connaître de jeunes, ou du moins de nouveaux talents, et donc enrichir sans cesse ce patrimoine.

Institution bien lorraine, concluait-il, le Comité Erckmann-Chatrian se veut au service de la littérature lorraine et des écrivains.

Pour en savoir plus

  • Albert Schneider, « Histoire du Comité Erckmann-Chatrian de 1914 à nos jours », revue du Comité, vers 1990.
  • Georges Sadler, Sur le vif, Nancy, Dory, 1938.
  • Paul Dimoff, « Georges Sadler », dans Écrivains lorrains, anthologie des écrivains du Comité Erckmann-Chatrian, Verdun, Marchal, 1964.
  • Journée Erckmann-Chatrian à Phalsbourg, 28 mai 1972, 40 p.
  • À l'écoute de la Lorraine et des écrivains lorrains (Le Comité Erckmann-Chatrian de 1914 à 1984), Sarreguemines, Pierron, 1985.
  • Comité Erckmann-Chatrian, dépliant de présentation, octobre 2009
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