Le Républicain lorrain
Dans une atmosphère patriotique, le Comité Erckmann-Chatrian décerne son prix à M. André Monnier-Zwingelstein
vendredi 12 novembre 1948 · p. 2
La Muse était dans nos murs hier. En effet, mû par une attention très délicate, le Comité Erckmann-Chatrian avait décidé de choisir Metz pour lieu annuel, destiné à récompenser le meilleur écrivain de nos Marches de l'Est.
Et M. Georges Sadler, l'éminent président dudit Comité, avait tenu à faire coïncider cette manifestation avec la célébration du trentième anniversaire du retour de notre ville dans le giron français.
Le hasard du vote a voulu que cette coïncidence fut respectée jusque dans le menu puisque c'est à un écrivain du terroir, qui fut en son temps un brillant poilu, que le prix échoua.
Dans une attention non moins délicate, le Restaurant Moitrier, imitant en cela le geste du Restaurant Drouant à l'égard des Goncourt, avait mis gracieusement un de ses salons particuliers à la disposition du comité et, à l'issue de la délibération, l'affable et discrète Madame Berthe tint à offrir un déjeuner intime savamment et uniquement composé de plats lorrains.
La compétition fut chaude. Le jury entendit le compte rendu du rapporteur, M. Gabriel Hocquard, ancien maire de Metz, qui souligna combien il avait été embarrassé pour partager les concurrents. Finalement, le jury accorda 4 voix à l'œuvre de M. André Monnier-Zwingelstein, Clairmoutier (roman), contre 3 à M. Pierre Bachlar, auteur d'un Dabo dont nous avons fait la critique en son temps.
André Monnier-Zwingelstein est originaire de Bussang où il est né le 25 février 1894. Lors de la guerre de 1914, il s'engagea et sa brillante conduite lui valut les galons de capitaine. Après 1918, il fut rédacteur en chef au Nouvelliste d'Alsace jusqu'en 1940. Journaliste de renom, qui, rapidement se doubla d'un écrivain distingué, ses ouvrages successifs sont tous consacrés au terroir régional, à savoir : Alsace-Lorraine, terre de France, A l'ombre de mon village, Mon beau village, Foresterie. L'ouvrage qui lui valut la belle consécration d'hier est dédié aux montagnards des Vosges et chaque page est empreinte de cette couleur locale qu'en leur temps Erckmann et Chatrian surent si bien peindre.
Jury et invités se retrouvèrent ensuite au repas où l'on remarqua la présence du général Gilliot, de M. Viaud représentant M. Périllier, empêché ; de MM. Vert et Berlet, représentant la municipalité messine. Au dessert, M. Sadler prononça une courte allocution et dégagea la leçon de la cérémonie dont il rappela la signification particulière en ce jour de 11 novembre.
Puis le comité tint son assemblée générale au salon de Guise, à l'Hôtel de Ville. On procéda à la réélection du comité : président, M. Georges Sadler ; vice-présidents, MM. G. Hocquard (Metz) et A. Nérot (Nancy) ; secrétaire-trésorier, M. Rilliard ; délégués régionaux : MM. Berlet et Hunziker. Après l'adoption des rapports financier et moral, les principales commissions furent réélues. Voici les membres de la plus importante d'entre elles, à savoir celle de littérature : MM. L. Braye (Bar-le-Duc), L. Cressot (Nancy), J. Dieterlen (Gérardmer), M. Garçot (Nancy), G. Hocquard (Metz), G. Sadler (Novéant) et Schambert (Montigny).
Cette belle manifestation fera date dans les annales culturelles de Metz et nous adressons nos meilleures félicitations à l'heureux lauréat qui recevra officiellement son prix en mai prochain, à Bar-le-Duc.