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Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1937

L'Éclair de l'Est

Un lien de plus entre Metz et Nancy

vendredi 27 mai 1938 · p. 2


Le Comité Erckmann-Chatrian tient à Metz son assemblée générale et fête son lauréat le Peintre, Graveur et Ecrivain Paul-Emile COLIN

Le Comité Erckmann-Chatrian, qui rayonne sur tous les départements lorrains, a tenu, cette année, à Metz, son assemblée générale, au cours de laquelle son prix, désormais célèbre, a été remis au docteur Paul-Emile Colin, peintre, graveur et écrivain pour son magnifique ouvrage : Par sentiers et venelles, édité par Even.

Au banquet qui précéda et qui fut servi à midi 30 dans le cadre élégant de l'Hôtel Royal, nous avons noté la présence comme notabilités messines, autour de M. Georges Sadler, président du C.E.C., de : MM Chevalier, préfet de la Moselle ; le général Giraud, commandant la 6e région, gouverneur de Metz ; le premier adjoint Hocquart, représentant M. le maire Vautrin empêché ; Delaunay directeur du Conservatoire ; l'historien Grosdidier de Matons ; Grivaud, archiviste départemental ; Berrier, président des Artistes mosellans ; Delafosse, président de la Société des sciences naturelles ; Lambert, président du Essi, conseiller municipal ; le docteur Potron, Louyot, Seltzer, trésorier du C.E.C.

De la Meuse étaient venus : MM. Henri Frémont, vice-président des hebdomadaires français à Verdun et son fils ; Braye secrétaire de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bar-le-Duc.

De Nancy : MM. Toussaint, premier adjoint au maire et le représentant : Alfred Bachelet, de l'Institut, directeur du Conservatoire ; Victor Prouvé, directeur de l'Ecole régionale des Beaux-Arts et des Arts appliqués ; Ch. Berlet, de l'Académie de Stanislas ; Bousser, ingénieur principal honoraire de la Compagnie de l'Est ; Emile Nicolas, président de la Société Lorraine des Amis des Arts ; Henri Marchal, président de l'Association des Artistes lorrains ; Savignac président de la Foire-Exposition ; René d'Avril vice-président de l'Association des Ecrivains lorrains.

Toutes ces personnes appartenaient au Comité Erckmann-Chatrian. Un certain nombre de dames participaient aussi à la manifestation.

De stoasts très cordiaux furent prononcés par MM. les premiers adjoints de Metz et de Nancy, auxquels répondit M Georges Sadler, qui présenta les excuses de MM. Léon Bosney, préfet de Meurthe-et-Moselle ; le docteur Schmitt, maire de Nancy ; Vautrin, maire de Metz ; Beaudoin, maire d'Epinal ; Boyé, président des Ecrivains lorrains, secrétaire perpétuel de l'Académie de Stanislas.

La place nous manque malheureusement aujourd'hui pour nous étendre davantage sur cette première manifestation de la journée ainsi que sur la seconde : une conférence intéressante et bien documentée que fit M. Emile Nicolas à la Galerie Louyot sur l'œuvre de P.-E. Colin, conférence qui était, en somme, en même temps, un excellent rapport sur le prix Erckmann-Chatrian 1937. Les plus belles gravures du maître étaient exposées dans la galerie où elles feront, pour huit jours encore, l'admiration de tous.

Au grand salon de l'hôtel de ville de Metz, à 16 heures, une nombreuse assistance fêta le lauréat du C.E.C. et goûta l'atticisme des discours qui furent prononcés.

Le premier après avoir remercié le Comité Erckmann et son président Georges Sadler de lui avoir offert la présidence de l'assemblée générale, M. le préfet prononce une allocution aussi remarquable par l'esprit que par la forme et dont nous sommes heureux de reproduire les principaux passages

« Il m'est agréable, dit-il, d'apporter mon témoignage à une œuvre à laquelle d'illustres Lorrains : Barrès, Lyautey, Poincaré et le président Lebrun, ont donné le prestige de leur nom et de leur rayonnement spirituel et moral.

« Il est bon, qu'interrompant la marche quotidienne de notre vie et reculant nos horizons étroits, des journées comme celle-ci nous obligent à nous replier sur nous-mêmes et à reviser, à la lumière des temps présents les principes qui commandent notre pensée et notre action.

Chez ceux qui se sont éveillés à la vie de l'esprit dans les premières années de ce siècle et qui, adolescents, sont allés puiser leurs premiers enthousiasmes dans la prose harmonieuse et pleine de Maurice Barrès, le seul mot de Lorraine retentit longuement et réveille mille souvenirs confus et brûlants.

« La France alors, venait d'être secouée par une violente crise intérieure.

« ...Barrès sut montrer à une jeunesse, inquiète et hésitante, la voie qu'elle cherchait inconsciemment.

« ...Aujourd'hui, la France a reconquis ses provinces perdues, la Lorraine a retrouvé sa cohésion. Et, cependant, les mêmes menaces s'accumulent au long d'une frontière reculée. Comme alors, la Lorraine représente pour nous, non pas un empire perdu dans un monde étranger, non pas le lieu d'une culture autochtone, mais une marche avancée de la puissance politique française, le rempart d'une civilisation commune à tous les habitants du territoire. Ce qu'elle protège et défend, c'est une tradition, culturelle et morale, à laquelle nous devons le meilleur et l'essence même de ce que nous sommes, une certaine conception occidentale de l'homme, une recherche inlassable de l'heureux et difficile équilibre des facultés, un ordre souple et humain sans cesse menacé par le retour des forces aveugles de l'instinct, ou par l'envahissement d'un mécanisme destructeur.

« «Nous sommes des héritiers : héritiers du sens romain, de l'ordre et du culte grec de l'harmonie.

« Lieu d'échange comme de combat, la Lorraine reçut de la nature et de l'histoire la haute mission d'exercer ce magister critique et de permettre l'enrichissement de l'âme française, en rejetant tout ce qui s'avère inassimilable à notre génie d'équilibre et de clarté. Cette mission qui la remplira mieux, aujourd'hui, que les sociétés culturelles locales, si elles savent s'élever au-dessus d'un régionalisme, devenu trop étroit, et aborder tous les problèmes de l'heure, dans le cadre des intérêts généraux de la Patrie. Sur cette route difficile, la société Erckmann-Chatrian a déjà marqué des étapes fécondes. »

Et M. le préfet conclut :

« Je lui souhaite de poursuivre, avec autant d'ardeur et de succès, son œuvre, que les circonstances rendent plus nécessaires que jamais.

« Qu'une fois de plus, sur une terre menacée obéissant à cet instinct si sûr de défense et de protection nationale, les amitiés lorraines, symbolisées ici par l'image de Nancy et de Metz, associées dans les mêmes souvenirs et les mêmes espérances, annoncent et préparent la réconciliation de tous les Français, pour la sauvegarde d'un idéal qu'il faut protéger et sauver ! » (Vifs applaudissements.)

M. le premier adjoint Hocquart, en une très fine allocution, rappela qu'en ce même salon, le C. E. C. fêta son dixième anniversaire.

Peu après, Metz se transporta à Nancy, le maître Victor Prouvé venait souvent dans la cité mosellane où l'on apprécie fort son magnifique effort et la jeunesse de son caractère.

L'orateur rend hommage au talent avec lequel M. Emile Nicolas mit en valeur les qualités artistes de P.-E. Colin. Il associe à son admiration pour le graveur l'estime en laquelle on tient un autre graveur : le messin Clément Kieffer.

Mais ce dernier n'est pas un écrivain comme Paul-Emile Colin.

A Nancy, dit, en terminant, M. l'adjoint Metz peut prendre des leçons de goût dans un décor incomparable. Il y a dix ans les maires des deux cités s'y donnaient une fraternelle accolade.

Le maître Victor Prouvé s'adressant à P.-E. Colin lui dit l'amitié que nous avons l'un pour l'autre ne date pas d'hier. Il retrace le curriculum vitæ de l'artiste, qui après ses études au lycée de Nancy commença à Paris des études artistiques, sans grand résultat tout d'abord.

Aussi décida-t-il de faire sa médecine. Reçu docteur, il exerça sa profession à Lagny mais cédant à une impérieuse vocation, avec un vulgaire couteau-serpette creusa ses premiers bois. Il était reçu d'emblée à la Société Nationale où ses envois firent toujours sensation. L'éditeur Pelletan le remarqua et lui confia l'illustration des beaux livres que l'on sait : Les travaux et les jours d'Hésiode, les Philippe de Jules Renard, l'almanach du bibliophile, puis plus tard la Colline inspirée de Barrès.

Prouvé parle encore des voyages de l'artiste en Sicile, aux Baléares. Mais la Lorraine toujours vous poigne... Le graveur revient aux lieux de son enfance, Bisping, Einville-au-Jard...

Suivez votre route, conclut Prouvé qui donne à son vieux camarade l'accolade, nous vous applaudirons !

Paul-Emile Colin, ému, se lève et développe le thème que lui a proposé Georges Sadler pour sa réponse : Pourquoi j'ai fait un livre.

C'est beaucoup par amour pour son village, perdu momentanément, de Bispaing. C'est aussi par reconnaissance aux joies qu'il doit aux Erkmann-Chatrian dont il lisait les œuvres à la bibliothèque de Nancy.

J'ai fait un livre, dit-il encore, en me penchant vers le fendeur de bois, le cheval campagnard que l'on harnache : et plus les années s'écoulaient et plus j'aimais ces choses de la terre.

Le lauréat du C.E.C. dit la reconnaissance à cette Société et à son président, et aussi à son éditeur, si noblement désintéressé, M. Even.

C'est avec une émotion qui lui met des larmes dans la voix, qu'il évoque son enfance et qu'il assure Victor Prouvé de son indéfectible attachement. Mais d'autres encore ont droit à sa gratitude : le regretté Charles Sadoul, le collectionneur J.-B. Corbin.

...Ce couronnement lorrain de ma carrière d'artiste est pour moi, s'écrie-t-il, une grande joie et un honneur qui me touche profondément.

M. Georges Sadler trouve dans les discours qui ont été prononcés l'émouvante consécration de vingt ans de dévouement du C.E.C. à la petite patrie. Il rappelle les belles heures du groupement à Metz, Nancy, Epinal, Bar-le-Duc, avec un souvenir au regretté chanoine Humbert, un des lauréats précédents.

Il dit, pour terminer, l'espoir que l'on peut fonder sur une nation qui compte dans ses provinces, et surtout dans celles de l'Est, tant de forces vives.

L'assemblée générale proprement dite fut réduite à peu de chose, chacun étant d'accord pour ratifier quelques modifications des statuts, réélire le bureau, adopter les conclusions du trésorier.

Et finalement le prix Erckmann-Chatrian 1937 est remis au docteur P.-E. Colin, à l'un des meilleurs parmi les meilleurs, suivant l'expression même du président du C.E.C.

Un vin d'honneur fut servi dans le salon voisin, et c'est M. le premier adjoint au maire de Nancy qui porta là un toast à la ville de Metz en conviant les Messins à venir fréquemment rendre visite aux Nancéiens. Nous souscrivons avec joie à ce vœu cordial.

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