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Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1937

L'Éclair de l'Est

À Metz, M. Émile Nicolas parle du docteur Paul-Émile Colin, le grand graveur lorrain lauréat du Comité Erckmann-Chatrian

dimanche 29 mai 1938 · p. 4 · signé René d'Avril


Compte rendu de la journée de Metz du 26 mai 1938. Émile Nicolas, vice-président du Comité, retrace l'œuvre du graveur Paul-Émile Colin, couronné pour Par sentiers et venelles et l'ensemble de son œuvre. Au déjeuner, M. Toussaint, premier adjoint au maire de Nancy, rappelle l'action du Comité pendant la Grande Guerre et le rôle de son président fondateur Émile Hinzelin ; Georges Sadler le remercie.

La manifestation du comité Erckmann-Chatrian à Metz a eu comme nous l'avons dit, son prolongement à la galerie d'art Louyot, rue Serpenoise.

Là notre confrère Émile Nicolas, vice-président du C. E. C., et pour cette année vice-président de l'Académie de Stanislas, parla, avec sa claire sincérité habituelle, du peintre-graveur et écrivain Paul-Émile Colin et de son œuvre.

Le docteur Paul-Émile Colin doit le meilleur de sa renommée à son travail artistique très considérable, de graveur, et principalement de graveur sur bois. Après un préambule nécessaire sur les différents procédés de l'art de la gravure, Émile Nicolas nous montra, dès sa jeunesse, P.-E. Colin attiré par la gravure et admirant les planches d'Albert Durer et de Jacques Callot. M. Ernest Charbonnier, de Nancy, fut son premier maître. Il avait pressenti en lui une nature exceptionnelle.

Gaston Varenne (que nous avons eu dernièrement le plaisir de revoir à Nancy avec les critiques d'art parisiens) consacra à des pastels de P.-E. Colin une étude intelligente et fine.

En 1912, M. Eugène Corbin organisa une exposition Paul-Émile Colin que Jules Rais, autre critique d'art nancéien, voulut bien préfacer. Et Victor Prouvé, enthousiasmé, s'écria : « C'est une œuvre de claire vision et de droiture ».

Les sujets du graveur sont simples, familiers et rustiques pour la plupart. « Il conçoit et traduit nettement sans emphase » dit Émile Nicolas. Le décor et les habitants, pittoresques sans le savoir, des hameaux lorrains, la vie rurale en action donnent à Colin l'occasion de noter de nombreux détails qui saisissent et révèlent l'âme intime du pays.

Ainsi, tout naturellement, a-t-il poétisé ses souvenirs en des épreuves d'un accent aussi direct que chaleureux et dont plusieurs ont été tirées en camaïeu comme aux siècles derniers. Citons notamment : La becquée, la bergerie, la rentrée des foins, la maison de Claude Gelée à Chamagne…

Beaucoup de planches, avec les bois originaux, inspirées par les environs d'Einville-au-Jard et cette localité même sont précieusement conservées au Musée de Lunéville, où elles constituent une collection importante.

De 1897 à 1907, ce fut pour P.-E. Colin une période d'évocations fantastiques et, en quelque sorte, son romantisme à lui. D'admirables oppositions, blanc et noir à l'Albert Durer, caractérisent ainsi : Le diable dans le beffroi, le fou du clocher.

Puis l'artiste revint à la simple mais forte observation de la nature avec toute une série relative à l'abatage des arbres, aux travaux champêtres, à la grave harmonie des troupeaux et des attelages.

Et il y eut aussi une lumineuse et sobre interprétation, en leurs grandes lignes, de nos plus nobles paysages : Metz, vu de Saint-Julien, Vaucouleurs, la colline de Sion, l'aspect médiéval de Liverdun…

Pour l'éditeur Pelletan, P.-E. Colin illustra Hésiode, Anatole France, Jules Renard, Maurice Barrès. Le conférencier s'étonne, en passant, avec Gaston Varenne, qu'il n'y eut pas de collaboration de Colin avec l'auteur de Terres lorraines, Émile Moselly, de même sentiment dans le monde des lettres que le graveur dans celui de l'art.

Mais celui-ci n'est-il pas aussi un écrivain ? Par ses tableaux de Sicile et des Baléares, il a voulu nous prouver qu'il était un peintre. Dans son livre : Par sentiers et venelles, il évoque, en belle et solide prose française, ses souvenirs émus d'enfance en y enchâssant de purs joyaux de Barrès, de Moselly et de Léon Tonnellier. Voilà donc un livre magnifique dont toute l'illustration prestigieuse et une bonne partie du texte sont du docteur Paul-Émile Colin. Un Messin s'est rencontré, M. Even, pour l'éditer avec beaucoup de soin… et déjà l'ouvrage est presque introuvable.

C'est ce livre en même temps que l'œuvre entière du maître que le comité Erckmann-Chatrian a couronné cette année, reprenant une idée du Couarail d'autrefois, qui avait, un des premiers, fêté le bel artiste lorrain, à l'instigation d'un de ses membres regrettés, Ch. Sadoul, directeur du Pays Lorrain et de la Revue lorraine illustrée.

Gaston Varenne a dit, et Émile Nicolas lui emprunte cette conclusion : « L'œuvre de Paul-Émile Colin est le plus émouvant témoignage d'amour qu'un Lorrain ait rendu à sa province natale. »

La conférence d'Émile Nicolas, donnée jeudi à la Galerie Louyot, dans l'ambiance du tirage des principales œuvres du maître graveur, fut fort appréciée d'un auditoire d'élite, au premier rang duquel se trouvait M. Marc Chevalier, préfet de la Moselle, qui devait — comme nous l'avons dit — quelques instants plus tard — prononcer un discours si plein de sens et de bon sens.

En somme, ce fut à Metz une belle journée pour le Comité Erckmann-Chatrian que celle de l'Ascension, journée de fête à laquelle ne manqua même pas l'hommage historique d'un témoin des premières heures de la Société : M. Toussaint, premier adjoint au maire de Nancy.

Dans son toast du déjeuner de l'Hôtel Royal, M. Toussaint parla en effet de l'aide efficace apportée pendant la guerre aux Alsaciens, déjà recouvrés, de la région de Thann. Il rappela les envois de livres d'Erckmann-Chatrian dans le Haut-Rhin, l'hommage à la mémoire d'Émile Erckmann dans les Bosquets de Lunéville, les spectacles et manifestations organisées à la Salle Poirel de Nancy, par Georges Sadler démobilisé, et ses amis, dans des buts de patriotique bienfaisance, le rôle moral joué par la Société par un président fondateur Émile Hinzelin.

Profondément touché par cette évocation, M. Georges Sadler remercia vivement M. Toussaint.

Ajoutons, pour être complet, que la matinée du Comité Erckmann-Chatrian fut occupée par la visite du Musée de la ville de Metz, qui renferme quelques œuvres remarquables de Greuze, Largillière, Delacroix, Dévilly, Gustave Moreau, Sargent, Unterstellér, Prouvé, Le Sidaner, Henri Marchal, Aman Jean (portrait de Verlaine à l'hôpital).

En l'absence du distingué conservateur, M. Clément, son aimable adjoint s'empressa auprès des visiteurs et leur fit les honneurs des nouvelles salles, spacieuses et claires, où se trouve exposé un bel ensemble d'œuvres de l'intéressant graveur messin : Clément Kiffer.

Nous recommandons aux Nancéiens, lorsqu'ils se rendent à Metz, de ne pas négliger la visite du Musée. Il renferme de fort belles œuvres d'art et une collection unique d'antiquités gallo-romaines…

… Et c'est si près de la merveilleuse cathédrale vers laquelle on dirige toujours invinciblement ses pas !

René d'AVRIL.

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