Le Messin, journal républicain démocrate
Le Régionalisme Lorrain
mercredi 11 juillet 1928 · p. 5
Deux des nouvelles figures du régionalisme lorrain sont sans conteste : Fernand Rousselot et Gabriel Gobron.
Le premier, rédacteur à l’Est Républicain de Nancy, a publié ses fameux Couarails (deux volumes) qui se sont affirmés un des plus grands succès parmi les livres de la région. Le second, universitaire, s’est imposé beaucoup plus lentement à l’attention du public.
L’Ermonec, le roman lorrain de la vie collective et véridique du village, a été refusé par l’académie de Stanislas pour son prix Stanislas de Guaita. La Société Historique des Etudes Locales, qui a publié un recueil de Lectures lorraines à l’usage des écoles (la 4e édition est épuisée), bien que composée d’universitaires, a écarté Gobron, et a accepté par contre des textes d’écrivains qui n’écrivent pas. La Société Erckmann-Chatrian elle-même a mis trois ans de réflexion pour attribuer à L’Ermonec son prix de littérature lorraine de 500 fr. Il semble que ce soit le jugement porté par M. Charles Bruneau, professeur de langues romanes à la Faculté des Lettres de Nancy, et la critique parisienne, particulièrement élogieuse (du Quotidien à l’Action française), qui aient décidé le public de Lorraine à revenir vers celui qu’il avait frappé d’interdit.
Le nouvel ouvrage de Gabriel Gobron : Au Pays des Cocolinjos et des Colindindins, histoires lorraines, est le premier exemple d’un livre écrit par un Lorrain en Lorraine, qui ne trouve pas de souscripteurs. Tous les auteurs du terroir lancent à Nancy ou à Metz leurs livres par souscription. Tous ont leurs tirages épuisés avant la sortie des presses. Gobron n’a même pas obtenu 15 souscriptions !
Pour L’Ermonec, il comptait 3 universitaires parmi ses acheteurs ; pour ses Histoires Lorraines, il compte un instituteur.
M. Charles Bruneau, M. Louis Bertrand, pour ne citer que deux noms, se sont-ils grossièrement trompés en vantant les mérites de L’Ermonec ?