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Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1927

L'Est républicain

M. Gabriel Gobron reçoit le prix littéraire de 1928

jeudi 12 avril 1928


La Société Erckmann-Chatrian s'est réunie hier après-midi en assemblée générale, dans la salle de la Société industrielle de l'Est.

Cette réunion comportait une solennité littéraire : la remise du prix Erckmann-Chatrian à l'un des meilleurs écrivains de Lorraine, notre collaborateur et ami Gabriel Gobron.

Remarqué dans l'assistance, MM. le premier adjoint Houot ; Brun, président de la Société industrielle de l'Est ; Imbeaux ; Pierre Hinzelin ; René d'Avril ; Émile Nicolas ; Millery ; le docteur Schmitt, etc.

M. Georges Sadler, administrateur-délégué de la Société Erckmann-Chatrian, en ouvrant la séance, présente les excuses de M. le préfet André Magre, qui devait présider l'assemblée, et celles de M. Vautrin, maire de Metz, qui s'associent à la cérémonie annuelle de la société.

M. André Magre avait adressé la lettre suivante à M. Georges Sadler :

« Vous avez bien voulu me demander de présider la cérémonie annuelle de la Société Erckmann-Chatrian. J'avais accepté bien volontiers votre aimable invitation, heureux de pouvoir ainsi vous manifester toute ma sympathie personnelle et celle aussi que je porte, vous le savez, à votre société, placée sous l'illustre patronage d'un homme que depuis longtemps j'ai appris à admirer comme un des plus pénétrants écrivains de notre race et aussi à aimer comme un compatriote par alliance, si vous voulez bien me permettre cette témérité un peu paradoxale et très audacieuse.

« Malheureusement, je suis obligé, par suite d'une nécessité impérieuse de ma fonction, de m'absenter, à Paris, et je dois au dernier moment vous manquer de parole.

« Recevez toutes mes excuses et faites-les partager aux membres de votre société, en marquant tout spécialement à votre lauréat les regrets très vifs que j'éprouve de ne pouvoir, en lui remettant le prix que vous avez bien voulu lui attribuer, lui adresser de vive voix mes plus sincères félicitations. »

L'administrateur de la société Erckmann-Chatrian lit ensuite le rapport moral de l'année écoulée. Il rend un hommage ému à la mémoire d'un membre du comité, qui fut l'un des plus actifs, M. le bâtonnier Henri Mengin. M. Georges Sadler rappelle tout ce qui rattache le regretté disparu à la société Erckmann-Chatrian. Puis il trace un tableau de l'activité récente, et en particulier de la visite à la municipalité de Metz, en compagnie du conseil municipal de Nancy.

Il salue ensuite M. Gabriel Gobron, en termes chaleureux, et lui souhaite une glorieuse carrière littéraire.

C'est au tour de M. Pierre Hinzelin de donner lecture du rapport financier qui se clôt par une situation excellente.

M. Émile Nicolas dit dans un rapport fort éloquent, tout son plaisir de féliciter M. Gabriel Gobron pour son prix Erckmann-Chatrian. L'orateur exalte les brillantes qualités d'observation, de psychologie, de l'écrivain.

« Comme Balzac, comme Erckmann-Chatrian, vous êtes tourmenté par le subconscient. Vous faites appel au langage de l'occultisme, comme d'autres devanciers. Nous avons voulu récompenser votre beau talent si probe et si original. »

M. Émile Nicolas cite les critiques élogieuses des maîtres des lettres pour L'Ermonec, de Gabriel Gobron.

« Ce prix vient encourager les promesses que nous venons de réaliser pour le plus grand bien de la littérature régionale. »

Réponse de M. Gabriel Gobron

M. Gabriel Gobron dit être très touché par le prix que la société Erckmann-Chatrian lui a décerné pour encourager ses débuts littéraires. Puis il fait allusion aux critiques adressées à son œuvre.

« Je m'excuse de peindre les paysans du Rupt-de-Mad tels que je les ai connus, tels que je les ai vus, j'ose dire même : tels qu'ils sont. Et cela, même si je ne dois pas connaître le succès qui enrichit les hommes de lettres et en fait des seigneurs de la vie moderne.

« Je ne crains pas de peindre mes gens du Val de Mad avec leurs défauts, tous leurs défauts, car ils ont une qualité admirable qui suffit à leur faire pardonner tous leurs vices. Je fais allusion ici à leur incroyable capacité de travail. Il y en a, parmi eux, qui n'ont pas le temps de se coucher pour mourir ; je suis heureux, François Mangin, mon aïeul, de rappeler que tu mourus dans les vignes, comme tant d'autres obscurs enfants du hameau, partis avec la hotte et qu'on rapporte dans la hotte...

« Je suis heureux encore de citer ceux des derniers vignerons qui sont demeurés fidèles à la vigne, cultivée avec amour par des générations. Hélas ! la vigne les a trahis, malgré leur indéfectible affection... Je ne sais rien de plus noble que cette volonté entêtée et candide de faire du vin de terroir quand même...

Et le lauréat conclut en remerciant la société Erckmann-Chatrian de l'honneur qui lui est fait.

« Bien des paysans sont en moi. Je porte en moi leurs joies frustes et gaillardes, leurs réveils brusques d'instincts, leur ténacité invincible, leur amour de la simplicité laborieuse. J'écouterai mon cœur, j'entendrai leurs voix, j'écrirai...

« Paysans du Rupt-de-Mad je ne vous trahirai pas ; si j'ai la tête plus haut que vous dans le ciel, je sais que vous avez les pieds meurtris par les silex des vignes, les mains griffées par les chardons des moissons. Et je ne puis l'oublier... »

Avant de clore l'assemblée, M. Georges Sadler lit une lettre de Eugène Mathis, un ancien lauréat de la Société Erckmann-Chatrian, qui félicite chaudement Gabriel Gobron de son premier succès officiel.

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