L'Est républicain
Sous les auspices de la Société Erckmann-Chatrian
lundi 28 février 1927 · p. 2 · signé I. D.
Une manifestation intime réunit Metz et Nancy, villes sœurs
Metz, 27 février. — C'est un événement historique qui se déroule aujourd'hui à Metz. Pour la première fois depuis toujours, la municipalité de l'ancienne capitale de la Lorraine est officiellement et cordialement reçue par celle de la capitale de l'ancienne république messine.
C'est sous les auspices de la Société Erckmann-Chatrian que se produit cet événement. Cette excellente société littéraire, particulièrement chère aux cœurs lorrains, a eu l'heureuse idée de choisir Metz pour remettre son grand prix à un bon Messin. Et elle a convié à cette cérémonie les municipalités de Nancy et de Metz, qui ont été heureuses d'accepter cette invitation leur donnant l'occasion de se rapprocher, c'est-à-dire d'échanger des idées fécondes, de resserrer les liens d'une étroite amitié.
A l'hôtel de ville
Pour recevoir les Nancéiens, l'hôtel de ville de Metz arbore des drapeaux et des plantes vertes décorent l'escalier. La délégation nancéienne comprend MM. Devit, maire ; Houot, Peltier et Noël, adjoints ; Ville, conseiller de préfecture, représentant M. le préfet de Meurthe-et-Moselle ; Renesson et Pierre Fauvet, du Syndicat d'initiative ; Émile Nicolas, critique d'art ; René d'Avril, vice-président de la Presse nancéienne ; Colotte, premier ouvrier de France ; Brun, président de la Société Industrielle de l'Est ; Sadler, vice-président de la Société Erckmann-Chatrian ; Émile Hinzelin, président.
Elle est attendue et reçue par MM. Paul Vautrin, maire de Metz ; Maret et Samuel, adjoints ; Hennequin, conseiller d'arrondissement ; la plupart des conseillers municipaux ; le colonel Deville, président de l'Union des maires de Metz-Campagne ; Delaunay, directeur du Conservatoire ; Moreau, chef de cabinet, représentant M. le préfet empêché ; le général de Lardemelle, le commandant [du] 6e corps ; Me Castin, avocat ; Houpert, vice-président de la Chambre de commerce ; Théré, président du Syndicat des éditeurs de journaux et diverses notabilités.
La réception est simple et cordiale. En quelques mots, M. Vautrin souligne l'importance de l'événement d'aujourd'hui. C'est la première fois que les municipalités de Metz et de Nancy se rencontrent officiellement en la visite de Metz. De cette rencontre peuvent sortir des relations fécondes.
M. Devit répond brièvement, affirmant combien les Nancéiens aiment les Messins.
Au nom de la Société Erckmann-Chatrian et des lecteurs de ces deux grands auteurs, M. Émile Hinzelin salue Metz. Il rappelle que Erckmann aimait dire : « Je suis né à Phalsbourg, arrondissement de Sarrebourg, département de la Meurthe, France » et aussi « Messin et Nancéien sont deux prénoms du plus beau nom du monde : français ».
M. Sadler salue aussi Metz en la personne de son maire.
Un vin d'honneur est servi. Les verres se choquent cordialement et les conversations s'engagent, animées, car la plupart des hommes qui sont là se connaissent et parlent le même langage.
Sous la conduite de M. Vautrin, les délégués de Nancy visitent notre vieil et noble hôtel de ville, s'arrêtant devant le vitrail du duc de Guise, dont le maire de Metz leur raconte l'histoire. Puis ils apposent leur signature sur le livre d'or de la ville de Metz, afin que reste un souvenir tangible de cette journée messine et nancéienne.
Le déjeuner
Derrière la cathédrale, à l'enseigne de la Ville de Lyon, il est une hôtellerie réputée, modestement dissimulée au milieu d'antiques maisons, sur une cour où des marchands de grains se livrent à des opérations de chargement et de déchargement. En cette maison Maurice Barrès conçut en 1907 son beau livre Colette Baudoche.
En cette maison, Messins et Nancéiens prennent place autour des tables et un déjeuner, au cours duquel ne cesseront de régner entrain et cordialité, est servi.
MM. Devit, maire de Nancy ; Vautrin, maire de Metz ; de Lardemelle, général gouverneur militaire de Metz ; Émile Hinzelin ; Ville, conseiller de préfecture, représentant M. le préfet de Meurthe-et-Moselle ; Houot, Noël, Peltier, adjoints au maire de Nancy ; Geay, sous-préfet de Metz-Campagne ; Moreau, représentant M. le préfet de la Moselle ; J.-P. Jean, ancien député de la Moselle, délégué général du S. F. ; Sadler, fondateur de la Société Erckmann-Chatrian ; Théré, directeur du « Messin » ; colonel Deville, maire de Plappeville ; Nicolas, vice-président de la Société Erckmann-Chatrian ; Hennequin, Schmitt, Hocquart, Salomon, conseillers municipaux de Metz ; Delaunay, directeur du Conservatoire de Metz ; Me Castin, représentant le barreau de Metz ; Fauvet, directeur de la Chambre des Métiers de Nancy ; Renesson, président du Syndicat d'initiative de Nancy ; René d'Avril, membre du Comité d'Erckmann-Chatrian ; Hinzelin Pierre, secrétaire de la Société Erckmann-Chatrian ; Colotte, artiste graveur.
Au dessert, la série des discours débuta par M. Vautrin, qui se trouva heureux d'être parmi les Nancéiens. Il évoqua les querelles de Nancy Ducal et Metz République.
Metz, dit-il, fut sacrifiée en 1870, mais les Messins furent accueillis fraternellement par la ville sœur de Nancy et où nous allions saluer nos trois couleurs. Il faut que nous continuions à marcher la main dans la main avec Nancy, et il boit à la fraternité de Nancy et de Metz.
M. Devit, maire de Nancy, prit ensuite la parole, pour remercier les Messins de l'accueil chaleureux dont ils ont été l'objet. Il souhaite de tout cœur l'expansion économique et fraternelle entre Metz et Nancy.
M. Hinzelin, dans un discours d'une grande tenue littéraire, parla des villes de Strasbourg, Nancy, Toul, Verdun et Metz, et espère de cette fête des relations amicales entre Metz et Nancy et désire une réunion mensuelle entre un comité formé par ces deux villes.
MM. Moreau et Ville excusèrent les préfets de Moselle et Meurthe-et-Moselle qui sont empêchés d'être ici.
MM. Sadler, colonel Deville et René d'Avril remercièrent les orateurs ; le général de Lardemelle raconta l'histoire de la cloche offerte à la ville par Mlle de Turmel, sa grand'mère. M. Vautrin termina en priant les personnes présentes de penser au grand patriote Maurice Barrès qui, ici, dans cet hôtel, lança Collette Baudoche, pour la présenter au monde entier pour la fraternité.
A l'hôtel de ville
A 15 heures, dans le grand salon de l'hôtel de ville, a lieu une manifestation de laquelle se dégage une impression profonde. La société Erckmann-Chatrian, sous la présidence des maires de Nancy et Metz, remet son prix annuel à un Lorrain du pays messin.
A la droite de M. Vautrin sont MM. Devit, maire de Nancy ; Sadler et de Lardemelle. A sa gauche, MM. Hinzelin, Ville et Moreau.
M. Vautrin présente les excuses de M. Diderrich, maire de Luxembourg, qui écrit : Metz et Nancy compteront toujours pour Luxembourg comme de chères voisines et de véritables amies ; de M. Manceron, préfet de la Moselle, retenu au chevet de son fils malade ; de M. Bompard, sénateur. Puis prononce un discours qui est très applaudi.
M. Devit
Le maire de Nancy apporte à Metz le salut cordial de l'ancienne capitale de la Lorraine. Il salue le général de Lardemelle ; M. Houpert ; Me Mesplié, président du Syndicat d'initiative de Metz ; M. Émile Hinzelin ; adresse des compliments à MM. Sadler, vice-président, et Jean, lauréat de la Société Erckmann-Chatrian, et regrette l'absence du maréchal Lyautey.
M. Devit fait un éloge mérité de M. Jean, dont il met en lumière l'héroïque conduite pendant l'annexion. Nous qui ne pouvons pas oublier, nous sommes heureux de saluer Jean et ses concitoyens, dit-il.
Le maire de Nancy poursuit : Metz et Nancy sont deux villes sœurs, ayant un passé également chargé de gloire et de douleurs. Après le désastre de 1870, vingt mille Messins se réfugièrent à Nancy où ils furent reçus à bras ouverts. Entre frères de race, les cœurs toujours doivent battre à l'unisson.
Et M. Devit termine en disant qu'entre Metz et Nancy aucun motif de froissements ou de jalousie ne doit exister. Leur collaboration intime ne fera qu'ajouter de nouveaux rayons à leur gloire commune.
M. Sadler
M. Sadler célèbre d'abord la cordiale réception faite par Metz aux délégués de Nancy et évoque de très vieux souvenirs, des souvenirs de 1918, des souvenirs de l'armistice.
Il souligne l'unanimité avec laquelle la Société Erckmann-Chatrian a décerné son prix à M. Jean et rappelle l'œuvre littéraire de celui-ci, presque entièrement consacrée au Souvenir français. Il dit aussi ce que fit Jean pour les légionnaires et les Lorrains ayant servi en France.
Le vice-président, chargé de présenter le rapport sur l'attribution du prix de la société, dit en terminant : « Jean, ta place est ici, à Metz, où tu as avancé les Marches de l'Est, car les Allemands, en déclenchant le mouvement autonomiste, recommencent la guerre. Par conséquent, ton œuvre n'est pas finie. »
M. Jean
Aux applaudissements de l'assistance, M. Hinzelin remet à M. Jean la médaille et le prix de la Société Erckmann-Chatrian et lui donne l'accolade.
Le lauréat, visiblement ému, remercie.
Metz-Nancy
C'est là le titre de la conférence de M. Émile Hinzelin, qui sera comme le couronnement de cette bonne journée. En termes excellents, vigoureux et amusants tour à tour, le distingué conférencier dit ce que doivent être les relations de Metz et de Nancy.
Il n'y a plus d'Alsace-Lorraine, mais une Alsace et une Lorraine. Pour conserver la Lorraine à la France, il faut que les deux grandes villes vivent dans la plus complète union, tel est le thème que développe l'orateur, dont nos lecteurs connaissent trop la manière pour qu'il soit bon d'insister.
De cette journée, dont on peut espérer les plus heureux résultats, remercions la Société Erckmann-Chatrian.
I. D.