L'Est républicain
La mort de M. Léopold Bouchot
jeudi 11 mai 1933 · p. 3
Nécrologie.
C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la mort presque subite de M. Léopold Bouchot, directeur de la Cité universitaire, ancien directeur de l'école Braconnot, écrivain apprécié du terroir et associé correspondant de l'Académie de Stanislas.
M. Bouchot était né à Andilly (canton de Domèvre-en-Haye), en 1869.
Ancien élève de l'École normale de Nancy, il était revenu dans notre ville après avoir successivement occupé les postes d'instituteur à Toul, Mamey, Flirey, Chaudeney, Gondreville et Neuves-Maisons.
Il avait été nommé alors à l'école Didion, à l'école Callot, puis à l'école Braconnot.
Ses qualités pédagogiques remarquables, sa grande expérience l'avaient fait désigner à la direction de l'école d'application, où les élèves de l'École normale viennent s'initier à l'éducation de l'enfance.
Par ailleurs, sa production littéraire est loin d'être négligeable. On connaît les Leçons et Récits sur l'histoire de la Lorraine, ouvrage qu'il a composé à l'intention des enfants ; il a écrit dans le même but une petite histoire de l'Alsace et différents autres traités. A ces travaux, il faut ajouter ceux publiés par la Société d'archéologie lorraine et Le Pays Lorrain, ses contes en patois, son lexique sur le patois de la Petite Woëvre de la région de Toul, où l'auteur s'est attaché à sauver de l'oubli une forme bien spéciale des divers patois de la Lorraine et à rappeler des coutumes, des chansons, des contes populaires.
Ces œuvres, M. Bouchot les avait présentées à l'Académie de Stanislas, où elles furent très goûtées.
Mobilisé en 1914, il fit tout son devoir ainsi que l'atteste la croix de guerre qu'il reçut en 1918. Et on lui garde une particulière gratitude pour la présence d'esprit et le dévouement dont il fit preuve lors du bombardement qui détruisit une partie de l'école Didion, et pour la façon magistrale dont il dirigea, en 1918, les colonies scolaires de Dinard et de Saint-Lunaire, où de nombreux petits Nancéiens cherchèrent un refuge contre les bombardements.
En juin 1930, M. Léopold Bouchot était nommé directeur de la Cité Universitaire.
Il en surveillera les travaux et l'aménagement avec un zèle, une conscience au-dessus de tous éloges.
C'était à la fois une besogne des plus fatigantes et une lourde responsabilité qui devaient avoir raison de ses forces.
Le 6 novembre dernier, M. Léopold Bouchot eut la joie de pouvoir présenter la Cité finie au président de la République et au ministre de l'éducation nationale, venus pour l'inaugurer, en présence de M. le recteur Bruntz et des plus éminentes personnalités lorraines.
M. Léopold Bouchot avait été nommé vice-président de l'Amicale laïque des Cordeliers, Braconnot et Callot, après la guerre, lors de la réorganisation de ce groupement. A son départ de la Ville-Vieille, l'Amicale lui avait conféré l'honorariat.
Il était officier de l'Instruction publique et, depuis 1932, chevalier de la Légion d'honneur.
Sa mort est une double perte pour l'enseignement et pour l'Association des Ecrivains Lorrains dont il était un des adhérents les plus estimés.
Nous présentons à Mme Bouchot, à sa fille et à toute la famille, nos condoléances sincères et très attristées.