Martine Henry, Michel Colin, Gérard Louis
par Bernard VISSE
Épinal, Hôtel de Ville, 21 mars 2009

Mesdames, Messieurs,
Madame, Monsieur,
C’est un honneur que de me trouver devant vous, à l’occasion de la remise de la Bourse Lorraine 2008 : je partage en effet avec Francis Kochert le privilège d’être le dernier membre nommé du Jury Erckmann-Chatrian … Et je débute en apprenti par un exercice délicat : vous, Madame Martine Henry, et vous, Monsieur Michel Colin, mériteriez en effet que nous vous consacrions plus que quelques petites minutes…
Née à Charleville, le pays où un poète aux semelles de vent a inventé la couleur des voyelles, vous avez d’abord, Madame, voulu comprendre comment fonctionne le corps humain - avant de vous intéresser à son âme… Vous avez fréquenté les bancs de la faculté des sciences de Nancy avant de faire danser un pinceau sur le papier… A la recherche de l’inspiration, comme disent ceux qui ne savent pas, ceux qui croient qu’on cherche ailleurs ce qu’on ne peut trouver qu’en soi.
Vous avez laissé de côté une carrière professionnelle sans aucun doute brillante au profit d’une vie tout aussi exaltante d’épouse et de mère. Trois filles, trois réussites : l’une qui, à ma connaissance, a fait les Beaux-Arts de Strasbourg et travaille comme illustratrice ; une seconde qui explore les milieux du cinéma ; et une troisième qui suit les traces de son père médecin.
Vous, votre école d’art, ce sont les Vosges, leurs paysages bleus que vous aimez parcourir à pied, en poussant parfois jusque sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ou vers les sentiers de Belle-Isle-en-Mer qui mènent à la pointe des Poulains, sur les traces de Sarah Bernhard.
Malgré votre grande timidité (une forme de politesse, dit-on….), votre école, Madame, c’est celle de la rencontre. Avec entre autres Jean-Claude Chaillou et Michel Colin, deux beaux talents, deux peintres qui partagent le goût de la mémoire des lieux. Vous avez abordé le dessin et l’aquarelle sous la houlette de ces deux maîtres… Puis l’enluminure qui occupe aujourd’hui l’essentiel de votre temps artistique… En 1995, vous avez signé la maquette d’un timbre-poste consacré à votre ville de Remiremont. Vous avez rarement exposé votre travail : à Chamagne par exemple avec Michèle Robert qui était notre amie, à Rambervillers où vous avez fait la connaissance de Gilles Laporte lors de la remise du Prix Gratia…
Au XVIIIe siècle, Lessing a écrit : On ne fait vraiment l’éloge d’un artiste que lorsqu’on parle assez de son œuvre pour oublier de louer sa personne. C’est exactement ce que vous avez réalisé, Madame, avec ce bel ouvrage qui nous réunit ce matin : Les Vosges buissonnières de Michel Colin, le second que vous lui consacrez… Vous avez composé un livre où vous avez su donner toute la place au magnifique travail du peintre sans presque parler de lui ! Pour laisser la place, presque toute la place aux images…
Pourtant, il y aurait tant à dire sur vous, Monsieur, que je ne pourrai moi non plus être très explicite ! Vous venez du pays qui a vu naître entre bien d’autres artistes la dynastie des sculpteurs Barotte, le sculpteur Auguste-François Desclos, le peintre Jean-Michel Grébert, le sublime Jean Lurçat et son frère l’architecte André Lurçat… Vous êtes né à Bruyères, à quelques kilomètres d’ici. Et si votre père employé des Douanes vous emmène très tôt dans le Nord, puis en Alsace, au gré de ses mutations professionnelles, vous n’oublierez jamais vos racines vosgiennes, en particulier grâce à André Jacquemin qui est pour beaucoup dans votre retour ici et votre installation à Viménil.
Peintre, aquarelliste, pastelliste, dessinateur, graveur (j’oublie sans aucun doute quelques autres disciplines), vous avez été l’élève du professeur d’art Jean Laforgue à l’école d’architecture de Strasbourg, puis de Schmitt-André. Vous avez exercé l’un des plus beaux métiers qui soient : professeur d'arts plastiques de 1960 à 1989, vous avez été pendant trente ans un créateur de passion, un modèle, un maître pour de nombreuses générations d’étudiants.
Si vos peintures de paysages vosgiens et alsaciens ont beaucoup d'amateurs, vos voyages vous inspirent également des œuvres mettant en valeur bien d'autres horizons : la Provence, les États-Unis, la Tunisie, le Maroc, et Venise la Sérénissime… Vous excellez également dans le portrait et dans ces natures, dont j’aime si peu qu’on les dise mortes. Vous êtes, Monsieur, un allumeur de regards, un éveilleur de conscience, vous êtes le Montreur. Grâce à vous, la ligne bleue des Vosges n’est plus seulement celle du patriote Jules Ferry qui voulut en faire son reposoir : elle est la ligne de force de notre jardin d’Eden dont vous nous invitez à conserver jalousement le cœur battant. Vous nous apprenez à voir le sens caché des choses, soyez-en tout particulièrement remercié.
Je ne voudrais pas conclure, Madame, Monsieur, Mesdames, Messieurs, sans rendre hommage à l’homme qui a rendu possible votre ouvrage, qui a magnifié cette nouvelle rencontre entre la femme de goût et l’homme de l’art, sans saluer l’éditeur Gérard Louis qui œuvre depuis plus de vingt-cinq ans avec une passion si salutaire en faveur du patrimoine lorrain en général, et vosgien en particulier.
Grand merci à vous trois.