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Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Allocution · Prix Erckmann-Chatrian 2008

Remise des Prix 2008 à Épinal

par Gilles LAPORTE

Epinal, Hôtel de Ville, 21 mars 2009


« L'Ordre des jours », Gérald TENENBAUM
« L'Ordre des jours », Gérald TENENBAUM
Environ 8 minutes de lecture

Monsieur le Député-maire,
Monsieur le Vice-président de la Région lorraine,
Monsieur le Vice-président du Conseil Général des Vosges,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs des collectivités, administrations, institutions, associations,
Mesdames, Messieurs,
chers Amis,

Nous nous sentons bien, ce matin, dans ce bel Hôtel de Ville d’Épinal. Le soleil est sur la campagne, dans les rues et dans les cœurs. Et nous sommes là pour une fête du partage. Car qu’est-ce qu’un livre, s’il n’est pas d’abord une invitation au partage ? Qu’est-ce qu’un auteur, s’il n’est pas d’abord une main, un être, un esprit… tendus vers l’autre, ouverts à l’autre, un espoir de communion avec l’autre ? Qu’est-ce qu’un éditeur s’il n’est pas ce cheminement indispensable entre l’intention et la rencontre ? 

Nous nous sentons bien, ce matin, dans ce Grand Salon, parce que vous avez voulu, Monsieur le Député-maire, cher Michel Heinrich, que le Comité Erckmann-Chatrian et les amoureux de l’Écrit (et les autres !) soient reçus avec tous les égards dus à notre vénérable institution, et avec cette chaleur qui vous caractérisent, vous et votre Ville… notre Ville !

D’une seule voix, la mienne (mais qui synthétise toutes les autres !) ce Comité Erckmann-Chatrian vous remercie, du fond du cœur. Que toutes celles et tous ceux de vos équipes municipales, élus et administratifs, qui ont fait en sorte que cette journée soit belle et agréable à vivre soient ici remerciés. Nos remerciements vont aussi à la Région Lorraine, cher Monsieur le vice-président, Région Lorraine qui, depuis toujours, est la fidèle compagne d’Erckmann et Chatrian, deux hommes dont pourtant l’histoire nous dit qu’ils n’étaient pas faciles à vivre ! Remerciements également au Conseil Général des Vosges, cher Monsieur le vice-président. Votre présence à nos côtés nous prouve, une fois de plus, l’engagement permanent de notre Département dans la dynamique culturelle de notre pays.

Nous sommes là pour une fête… alors, nous disant que plus on est de passionnés, plus on passionne !, nous avons battu le rappel de nos Vosgiens Prix Erckmann-Chatrian et des membres du jury d’hier ! Sont avec nous, et nous en sommes heureux et émus : Henriette Méline… Jeanne Cressanges… Élise Fischer… Pierre Pelot… et Michel Caffier. Mention particulière à Michel Caffier qui a eu la lourde tâche - et le plaisir… n’est-ce pas mon cher Michel ? - de présider notre Comité voilà quelques années. Philippe Claudel, ancien président lui aussi, empêché par ses obligations d’écrivain et de cinéaste, aurait bien voulu partager ces moments avec nous. Il m’a chargé de vous transmettre ses pensées les plus amicales. Qu’ils soient tous, maintenant, salués par nos applaudissements.

À la première rencontre, au-delà du nécessaire, il est de bon ton de se présenter. Aussi vais-je m’acquitter de cette agréable tâche.
Qui sommes-nous ?

Notre Comité est composé de :
- Muriel Carminati,
- Michèle Maubeuge,
- Pierre-Marie Beaude, (en déplacement littéraire obligé, il nous prie de l’excuser)
- Roger Bichelberger, (ancien président de notre Comité. Président d’un jury littéraire national, il est à Paris ce matin, et nous prie de l’excuser. Il est avec nous par l’esprit.)
- Gaston-Paul Effa, (lui aussi empêché, nous prie de l’excuser.)
- Francis Kochert, secrétaire
- André Markiewicz, trésorier
- Philippe Martin, responsable de la commission Histoire-Bourse lorraine
- Bernard Visse
- Robert Scheuer
- et votre serviteur, élu à la présidence le 9 janvier dernier, pour succéder à Gaston-Paul Effa.

Tous font partie de cette catégorie d’extraterrestres rencontrée parfois sous des chapiteaux, abrités derrière des piles de livres, sur la défensive, l’arme stylographique à la main : les Gens de Lettres.

D’où venons-nous ?
Là, et maintenant, une page d’histoire s’impose.

C’est le 17 juillet 1913 qu’Émile Hinzelin, écrivain, membre de l’Académie Française, et Georges Sadler, musicien et homme de Lettres, réunissent à Nancy une vingtaine de personnalités lorraines. Ils leur proposent la création d’une Société Erckmann-Chatrian. L’idée est si bien accueillie qu’en novembre de la même année (1913), Georges Sadler demande audience au Président de la République Raymond Poincaré qui le reçoit, l’entend, approuve le projet, et suggère pour cette société des activités de défense et promotion de la langue française dans les pays annexés par la Prusse après la défaite de Sedan, notamment en y diffusant les œuvres populaires d’Erckmann et Chatrian. L’objectif est clairement défini. Il sera précisé le jour de Noël, à la table du célèbre restaurant nancéien Walter, où Georges Sadler rend compte de ses entretiens avec le Président de la République aux personnalités lorraines intéressées par le projet. Tous l’approuvent sans la moindre hésitation. L’action peut donc s’engager.

nous sommes là pour une fête du partage. Car qu’est-ce qu’un livre, s’il n’est pas d’abord une invitation au partage ? Qu’est-ce qu’un auteur, s’il n’est pas d’abord une main, un être, un esprit… tendus vers l’autre, ouverts à l’autre, un espoir de communion avec l’autre ? Qu’est-ce qu’un éditeur s’il n’est pas ce cheminement indispensable entre l’intention et la rencontre ?

Le 16 janvier 1914 est officiellement créée la Société Erckmann-Chatrian. Son premier président est Émile Hinzelin. Elle sera administrée par Georges Sadler. Elle aura pour Présidents d’honneur, élus et salués à l’unanimité : Maurice Barrès et le maréchal Lyautey.

Durant la première Guerre mondiale, la Société va se consacrer au soutien des réfugiés lorrains et alsaciens, distribuer quelque 5000 livres d’Erckmann-Chatrian aux écoles et hôpitaux. Elle va organiser des conférences, représentations théâtrales et autres manifestations culturelles pour rassembler les fonds nécessaires à ses activités. Le mémorable concert de juin 1917 rassemblera 1200 personnes à Nancy, salle Poirel, sous la protection d’avions français chargés d’éloigner les bombardiers prussiens Tauben.

En 1925, premières missions accomplies dans le respect des engagements pris, Lorraine et Alsace étant redevenues françaises, la Société devenue Comité sous l’égide de Georges Sadler, décide la création d’un prix littéraire qui sera décerné chaque année, en novembre, par un jury composé de personnalités littéraires des quatre départements lorrains, et remis solennellement au lauréat au printemps suivant. Pourront concourir les auteurs d’origine lorraine ou lorrains d’adoption, et les écrivains non lorrains qui ont publié un ouvrage de valeur sur un sujet lorrain. Son premier lauréat, en novembre 1925, Eugène Mathis, de Fraize (Vosges) auteur du roman Les héros de Fraize recevra son prix des mains du maréchal Lyautey en personne.

À la suite d’Émile Hinzelin, Georges Sadler présidera le Comité Erckmann-Chatrian jusqu’à sa mort en 1958. Lui succéderont les écrivains : professeur Albert Schneider, Roger Bichelberger, Michel Caffier, Philippe Claudel puis, jusqu’au 9 janvier de cette année 2009, Gaston-Paul Effa.

Depuis sa date de création, soutenu par les collectivités locales et territoriales de Lorraine, dont la Ville d’Épinal, le Prix Erckmann-Chatrian a été attribué très régulièrement, sauf interruption de 1940 à 1944. Juste conséquence de sa qualité, il a acquis très vite une belle notoriété. Dès 1945, la presse nationale le baptisait « Goncourt Lorrain ».

Fidèle à sa politique de qualité et de stricte loyauté, à sa volonté d’œuvrer pour la défense d’une langue française vivante et belle, à sa tradition de promotion de la culture française issue de Lorraine, le Comité Erckmann-Chatrian a créé en 1989 deux autres prix, permettant de couvrir un champ plus vaste de la création littéraire et de la recherche, et de révéler de nouveaux talents : le Prix d’Histoire, et la Bourse lorraine.

Au service de notre Pays et de son patrimoine, le Comité Erckmann-Chatrian approche de son centième anniversaire avec la conscience d’incarner des valeurs humaines fortes, avec détermination et sérénité.

Si nous sommes réunis ce 21 mars 2009, jour du printemps, sous l’autorité bienveillante de Michel Heinrich, député-maire d’Épinal, avec le soutien chaleureux de la Région lorraine représentée ici par son vice-président Jean-Pierre Moinaux (merci, cher Jean-Pierre, de faire part de notre gratitude au président Masseret et à tous les élus de la Région), et l’accompagnement du Conseil Général des Vosges représenté par son vice-président Luc Gerecke (merci, cher Luc de porter notre message de reconnaissance au président Poncelet et aux élus départementaux), c’est pour rendre hommage à quatre auteurs dont le travail vise (et atteint) les objectifs généreux que je viens d’évoquer, et leur permettre de mieux partager encore avec nous le fruit de leur réflexion, leur désir d’une société plus éclairée et plus respectueuse, leur passion de l’Histoire, et leur irrésistible voyage, sur les chemins de notre pays, vers… le BEAU !

Le jury Erckmann-Chatrian leur a attribué ses prix 2008. Ils ont écrit et illustré des livres qui resteront dans notre mémoire et nourriront notre aspiration a davantage d’humanité. Que cet hommage touche aussi les fameux éditeurs ici présents. Sans mariage heureux auteur-éditeur, le livre n’existe pas !

Le prix Erckmann-Chatrian de Littérature 2008 a été attribué à Gérald TENENBAUM pour son très émouvant roman L’Ordre des jours publié par les Éditions Héloïse d’Ormesson, la petite maison qui a tout d’une grande ! Merci, chère Héloïse d’avoir fait le voyage de Paris pour partager cette fête avec nous à Épinal.

Le prix Erckmann-Chatrian d’Histoire 2008 a été attribué à Régis LATOUCHE pour son efficace Lorraine 1918 – De l’armistice à la reconstruction publié par les jeunes mais déjà remarquables Éditions Place Stanislas. Merci, Michel de Pape de nous accompagner ce matin.

La Bourse lorraine 2008 a été attribuée aux Vosgiens Martine HENRY et Michel COLIN pour leur beau livre Les Vosges buissonnières de Michel Colin publié par les Éditions Gérard Louis qui, depuis plus d’un quart de siècle, servent admirablement le patrimoine, lorrain en général, vosgien en particulier. Merci Gérard de tenir ce matin la main de tes auteurs qui, je le sais, tremblent dès qu’ils doivent s’exposer en public.

Ce sont des membres du jury qui vont nous présenter les lauréats et leur œuvre :
- Gérald Tenenbaum va l’être par Michèle Maubeuge
- Régis Latouche le sera par André Markiewicz
- Martine Henry et Michel Colin par Bernard Visse.

Ils recevront ensuite leur prix des mains de Michel Heinrich, Jean-Pierre Moinaux et Luc Gerecke. Ils recevront en outre des produits de qualité issus de nos Vosges, des mains de leurs producteurs même : le meilleur ouvrier de France René Lamielle, l’association Vosges-Terroir, ambassadrice vosgienne de l’agriculture de qualité, et la légendaire… Imagerie d’Épinal, de renommée mondiale !

Merci encore à la Ville d’Épinal qui a tout fait pour que cette fête soit la fête de notre institution Erckmann-Chatrian et la fête de l’ÉCRIT. Merci à vous toutes et vous tous ici présents.

Bonne journée Erckmann-Chatrian. Bon printemps, et… bonne lecture !

Gilles LAPORTE.

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