Aller au contenu
Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1949

L'Est républicain

Gabriel Bichet lauréat 1950 du Prix Erckmann-Chatrian

lundi 14 novembre 1949 · p. 2


« Metz et Nancy sont appelées toutes deux à un grand développement », a déclaré M. Périllier, inspecteur général de l'administration, préfet de la Moselle, à l'issue du déjeuner traditionnel

Le jury du Prix littéraire Erckmann-Chatrian s'est réuni à Nancy, samedi, à midi, au Grand Vatel, pour élire le lauréat de 1950.

Présidé par M. Georges Sadler, ce jury comprenait : MM. Braye, président de la Société des Lettres et Arts de Bar-le-Duc ; Cressot, doyen de la Faculté des Lettres de Nancy ; Maurice Garçot, membre de l'Académie de Stanislas ; Henry Hunziker, chef de service à la rédaction de « L'Est Républicain » ; et René Schamber, de Metz, rapporteur. M. Gabriel Hocquard a voté par correspondance.

Au second tour du scrutin, M. Gabriel Bichet a remporté le prix pour son livre Évadés, par 4 voix, contre 3 à M. L. Desgènes pour La grange du hasard », roman de mœurs des montagnards vosgiens.

Un déjeuner lorrain

Le déjeuner traditionnel qui suivit eut un éclat particulier, car il marquait le 20e anniversaire de la création du prix. Le président Georges Sadler avait convié aux côtés du jury MM. Périllier, inspecteur général de l'administration, préfet de la Moselle ; Samama, préfet de Meurthe-et-Moselle ; Mondon, député-maire de Metz ; le Dr Lionel-Pélerin, sénateur-maire de Nancy ; le général Zeller, commandant la 6e Région ; Capelle, recteur de l'Université de Nancy ; Vilatte, directeur régional de la Radiodiffusion ; Henry Berlet, conseiller général et délégué régional du Comité Erckmann-Chatrian. Le lauréat, M. Gabriel Bichet, avait été également convié dès que le résultat fut connu.

Le menu fut spécialement lorrain, apprécié par le maître-gastronome Fernand Marlier, et assorti par des crus régionaux. Au dessert plusieurs allocutions furent prononcées au micro de la radiodiffusion.

Le président Georges Sadler dit que cette manifestation, encadrant l'attribution du prix littéraire Erckmann-Chatrian, était l'occasion souhaitée d'affirmer l'entente entre Metz et Nancy, entente qui doit être surtout affectueuse. Le Dr Lionel-Pélerin est messin par sa mère, et M. Mondon fut étudiant à Nancy. Quant à Gabriel Bichet, c'est un excellent journaliste formé à l'école du chanoine Ritz, directeur du Lorrain.

« Le tribut des P.G. évadés aux Mosellans »

M. Gabriel Bichet, abordant à son tour le micro, remercia le jury de son vote. Le lauréat se dit heureux de voir consacrer un livre qui, tout en faisant valoir les droits des prisonniers français, est avant tout le tribut de reconnaissance dû aux populations lorraines, et particulièrement messines, qui aidèrent généreusement tant d'évadés.

Le Dr Lionel-Pélerin félicita le Comité Erckmann-Chatrian d'avoir provoqué cette rencontre Metz-Nancy qui affermira l'amitié entre les deux villes lorraines.

Le député-maire de Metz dit ensuite combien il était sensible de prendre part à ce 20e anniversaire dans cette ville de Nancy à laquelle le rattachent tant de souvenirs et de contacts. Étudiant à sa Faculté de Droit, il y vécut ensuite de 1940 à 1944 des heures douloureuses et glorieuses. M. Mondon félicita M. Gabriel Bichet d'avoir souligné avec tant d'exactitude la part prise par les mosellans aux dures épreuves des prisonniers de guerre.

L'entente cordiale Metz-Nancy

Puis, M. Mondon ajouta : « Entre Nancy et Metz, il ne peut s'agir que d'une entente cordiale. Il ne peut y avoir de concurrence entre les cités lorraines, mais une loyale compétition dans laquelle toutes deux doivent puiser leur énergie et leur devoir d'activité pour la prospérité du Pays. »

M. Samama, de son côté, tint à dire que l'on peut espérer beaucoup, pour l'avenir de notre région, de cette compétition. D'ailleurs, une entente ne s'est-elle pas déjà réalisée entre Meurthe et Moselle qui ont « annexé » deux préfets méridionaux… ?

Pour sa part, M. Périllier voit, dans ce que certains ont pu appeler la rivalité Nancy-Metz, une gageure. Les populations lorraines qui ont donné maintes preuves d'un grand réalisme, de leur bon sens et de leur esprit pratique, ne peuvent se passionner pour une telle querelle. Les Messins reconnaissent la primauté intellectuelle de Nancy, ce qui n'empêche pas la cité de Metz de se développer magnifiquement vers d'autres directions.

Dans l'activité économique et sociale, au potentiel si important de notre région il y a une large place pour les deux grandes villes. Surtout lorsque cette région est en plein essor. « Metz et Nancy, conclut M. Périllier, sont appelées toutes deux à un grand développement ». Et le préfet de la Moselle lève son verre à l'amitié fraternelle des cités sœurs.

La série des allocutions s'est terminée par la déclaration du général Zeller, apportant l'hommage du commandant de la 6e Région militaire qui n'oublie pas qu'il est entré à Metz, le 17 novembre 1918, comme lieutenant du 20e Corps de Nancy.

L'Est Républicain, et plus particulièrement la rédaction, joignent leurs vives félicitations à toutes celles qui furent adressées au lauréat.

Le lauréat

Le lauréat du Prix Erckmann-Chatrian, M. Gabriel Bichet, est né à Reims, le 8 novembre 1907, d'une famille d'origine franc-comtoise. Il termina à Metz, au collège Saint-Clément, des études commencées en Bretagne.

Dès l'âge de 22 ans il se consacrait au journalisme où ses dons de courriériste lui valurent l'audience d'un large public. Il collabora successivement à L'Éclair de l'Est, au Lorrain, puis, à partir d'octobre 1944, à L'Est Républicain.

Mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940, mais limitant délibérément à douze mois une aventure de groupe dont il déclare qu'elle fut une expérience psychologique nécessaire et féconde, M. Gabriel Bichet se voyait donc dans l'obligation de rentrer en France en automne 1941. Il dut, en raison des circonstances, avoir recours à l'évasion. C'est ce voyage, accompli en compagnie de deux autres captifs, qui fournit le thème de l'ouvrage primé par le Comité Erckmann-Chatrian.

Évadés souligne, par ailleurs, le patriotisme mosellan — les fugitifs furent accueillis en Moselle — qui trouva, durant la dernière occupation, ses plus hauts moyens d'expression. En œuvrant à recréer ce climat d'une absolue qualité française, l'auteur a voulu administrer la preuve de l'unité lorraine.

C'est dans le même esprit que depuis plus de deux ans, publiant dans L'Est Républicain un Billet quotidien sous la signature de Mohican, M. Gabriel Bichet s'est attaché, non sans bonheur, à stimuler le sentiment régional.

↑