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Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1945

Le Républicain lorrain

Le Prix Erckmann-Chatrian à M. Fernand Fizaine, auteur de « La Patrie perdue »

dimanche 2 décembre 1945 · p. 1-2 · signé Ch. H.


Titre (p. 1) :
Titre (p. 2) : « La Patrie Perdue » de M. Fizaine obtient le Prix Erckmann-Chatrian

M. Fernand Fizaine (Le Républicain lorrain, 2 décembre 1945).
M. Fernand Fizaine (Le Républicain lorrain, 2 décembre 1945).

Plongé depuis 1939 dans un sommeil de Belle au Bois-Dormant, le Comité Erckmann-Chatrian s'est réuni hier à la mairie de Metz, sous la présidence de M. Georges Sadler, un homme de lettres très connu qui habite Novéant-sur-Moselle et qui fut un des intimes de Maurice Barrès.

Depuis la libération, le siège de ce groupement, qui a pour but de patronner et d'encourager toutes les activités littéraires et artistiques sur la terre lorraine, a été transféré de Nancy à Metz et son nouveau comité se compose, outre son président, M. Sadler, de MM. Gabriel Hocquard, maire de Metz, vice-président ; Nérot (Nancy), Bousser (Nancy) et Rillard (Metz). Il sera d'ailleurs élargi pour les années à venir car le Comité Erckmann-Chatrian a l'intention de manifester une activité considérable pour la propagation de la langue et des idées françaises en Moselle.

Le Prix 1945

Fondé en 1914 à Nancy sous le patronage du Président de la République, l'illustre Raymond Poincaré, le Comité Erckmann-Chatrian décernait chaque année un prix à l'auteur d'un ouvrage en prose traitant d'un sujet lorrain. Ce prix n'avait pas été attribué depuis 1939 pour les raisons que l'on devine.

Pour 1945, l'heureux et méritant lauréat est M. Fernand Fizaine, auteur de La Patrie Perdue », un livre qui devrait être lu par tous ceux qui ont vécu, expulsés ou annexés, la douloureuse tragédie mosellane.

Avec une abondance de détails étonnante, des réflexions d'une justesse remarquable, M. Fizaine a raconté tout ce que les gens de chez nous ont vécu sous l'occupation ennemie. D'abord la drôle de guerre, puis l'arrivée des feldgrau détestés, les premiers actes de résistance, le 15 août sur la place St-Jacques, les expulsions à Metz, puis les déportations dans les villages, le patriotisme inébranlable de tous, ceux qui restaient pour veiller sur le patrimoine de ceux qui partaient en chantant la Marseillaise, les drames de conscience chez quelques-uns, trompés d'abord par une propagande pernicieuse, la ferme croyance de la plupart des autres en qui l'idéal incarné par le général de Gaulle triomphait de tout, et enfin la certitude que sonnerait l'heure réparatrice, l'heure exaltante pour laquelle battent aujourd'hui tant de cœurs. Celle où, dans un grand élan d'amour, nous retrouverons le sol enfin libéré de notre patrie perdue. (Le livre a été achevé en septembre 1943 et soustrait aux recherches de la Gestapo.)

Remercions M. Fizaine pour ce témoignage sincère qui reflète si fidèlement ce que fut le sort des populations de notre département-frontière.

Le jury, qui était composé de MM. Sadler (Novéant), Hocquard (Metz), Garçot (Nancy), Braye (Bar-le-Duc) et Rousselot (Lunéville), s'était également intéressé à deux très bons ouvrages : Chronique Lorraine, de M. Adrien Printz, et Dans les geôles d'Hitler, de M. Henri Helcé.

M. Fizaine, Lorrain… de Paris

M. Fernand Fizaine, qui vient d'obtenir le Prix Erckmann-Chatrian, est né à Moyeuvre-Grande le 25 juin 1900. Ancien élève du Collège St-Clément de Metz et de l'École Supérieure du Havre, il habite Paris depuis 1924. Il est actuellement rédacteur politique à l'Agence France-Presse, fonction qu'il exerçait avant la guerre à l'Agence Havas.

Jusqu'en 1940, M. Fizaine était resté en contact très suivi avec sa famille de Moyeuvre, ainsi qu'avec son beau-père, M. Chiltz, le regretté maire de Novéant-sur-Moselle. Pendant la guerre il vit passer à Paris de nombreux Mosellans et son livre a pu être écrit à l'aide d'exemples pris sur le vif et de témoignages directs.

« J'ai voulu, nous a-t-il dit, démontrer surtout qu'il n'y avait pas de hiérarchie dans la douleur. Tous les Mosellans, quel qu'ait été leur sort, ont pareillement souffert. Les uns et les autres avaient le droit de retrouver leur « patrie perdue », car pour ceux qui étaient restés sur place, l'atmosphère était devenue tellement irrespirable, l'ennemi avait bouleversé tant de choses, profané tant de souvenirs, que ce coin de Lorraine avait perdu son visage d'autrefois. »

« Ce n'est plus notre Vigny, allez… », dit un des personnages du livre en parlant de son village natal. Mais le cauchemar est maintenant passé, ils sont partis pour ne plus jamais revenir…

Ch. H.

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