Le Messin
Le Trentenaire du Comité Erckmann-Chatrian
dimanche 28 avril 1946 · p. 2 · signé Félix VAZEMMES
La Réception de M. Donzelot, ancien Maire de Nancy, à l'Hôtel de Ville
Hier, à 11 h. 45, M. Hocquard, maire de Metz, recevait dans son Cabinet son ancien confrère de Nancy, M. Donzelot, recteur de l'Université de Nancy, remplaçant le maire actuel, M. Sirguey, retenu par les devoirs de sa charge ; MM. Georges Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian ; Nérot, vice-président ; Graebert, directeur du Conservatoire de Metz ; Weydert, président du Cercle Musical Messin ; le général Gilliot, commandant la VIe Région militaire, accompagné du colonel Michaut, remplaçant le colonel Bourgeois à la Subdivision de Metz ; l'artiste peintre Ventrillon ; M. Reitter, de l'Information, et les divers membres de la Presse locale et nancéienne. Il s'agissait de célébrer le Trentenaire du Comité Erckmann-Chatrian. M. le préfet Tuaillon s'était fait excuser.
M. Hocquard, avec la merveilleuse facilité d'élocution que nous lui connaissons, a prononcé, en premier, une courte allocution, sur ce ton familier qui lui est propre et qui va directement au cœur et à l'esprit de ses auditeurs. Il dit combien il doit aux Nancéiens qui, dès la libération de Metz, ont tenu à lui venir porter les réconforts de la pensée française. Il exprime sa confiance dans une reconstitution de la Lorraine, c'est-à-dire dans un retour complet au sein même de la vie française, tout en témoignant quelques regrets d'en voir les aspirations si négligées, car, dit-il : « Nous n'avons pas de leçons de patriotisme à recevoir ». Nous désirons seulement, précise-t-il, une assimilation totale à la Mère Patrie et une législation unique. »
Sur la question si épineuse de l'Enseignement, M. Hocquard semble vouloir reprendre une des thèses de Barrès, qui réclamait des professeurs des Ecoles Normales et des Universités qu'ils fussent moins affirmatifs dans leurs préceptes philosophiques, pour n'avoir pas à faire de leurs élèves de simples automates, comme les sept Lorrains des Déracinés.
MM. Sadler et Donzelot prirent ensuite la parole, le premier pour remercier la Municipalité et M. Hocquard, en particulier, d'avoir bien voulu mettre un local de l'Hôtel de Ville à la disposition du Comité ; le second pour présenter, au nom du Maire de Nancy, les amitiés qui unissent les deux villes et pour témoigner de l'union réalisée entièrement aujourd'hui entre elles, sur le plan universitaire et intellectuel.
Un dîner réunit ensuite les membres du Comité Erckmann-Chatrian et ses hôtes.
Le Vernissage de l'Exposition des Peintres lorrains
A 15 h. 30, le Comité Erckmann-Chatrian procéda au vernissage de l'Exposition des Artistes lorrains, à la Galerie d'Art Louyot, sous la présidence de M. Hocquard, maire de Metz, et en présence de M. Yung, secrétaire général du Préfet et des personnalités déjà citées plus haut. Nous nous proposons de revenir longuement sur cette Exposition, première manifestation des peintres mosellans et lorrains depuis la Libération, qui marque un sérieux retour aux belles traditions artistiques de Metz.
Félix VAZEMMES.
Une Conférence de M. Fizaine, auteur de La Patrie Perdue
Les mêmes autorités se retrouvaient, à 16 heures, à l'Hôtel de Ville, dans le grand salon, pour la remise du Prix Erckmann-Chatrian 1945 à son lauréat, M. Fizaine, Lorrain de Moyeuvre.
Après que M. Yung, secrétaire général de la Préfecture, représentant M. le Préfet, M. Gabriel Hocquard, maire de Metz, et M. Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian, eurent fait l'éloge de l'œuvre poursuivie par cette association littéraire, et de celle du lauréat, celui-ci prit la parole.
Après avoir parlé des Lorrains de Paris, qui sont plus de cent mille, il évoqua avec bonne humeur et parfois une pointe d'humour, des souvenirs personnels sur Barrès, Poincaré, Lyautey, les trois grands Lorrains. Puis ce furent ses impressions d'un récent voyage à Berlin, qui peut se résumer en ces mots : une cité qui veut revivre.
Les problèmes lorrains furent ensuite passés en revue avec beaucoup de justesse et de bon sens : celui de l'unité du Reich allemand, qui touche de si près à notre sécurité ; celui de la dualité des langues ; celui des « Malgré-Nous » (M. Fizaine est un « Malgré-Nous » de la guerre de 1914) ; celui des expulsés et des transplantés ; celui de l'unification des lois.
Ajoutons qu'au début de la séance, M. Hocquard avait remis à M. Sadler une médaille de la Ville de Metz, frappée dans le bronze des statues allemandes renversées en 1918.