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Logo du Prix Erckmann-Chatrian Prix Erckmann-Chatrian Le Goncourt lorrain · depuis 1924
Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1934

Le Lorrain

La Remise du Prix Erckmann-Chatrian

mardi 21 mai 1935 · p. 2


C'est au cours d'un déjeuner lorrain somptueusement servi à Nancy, dans le jardin d'hiver du Capucin Gourmand, qu'a été remise à notre collaborateur Marcel Grosdidier de Matons, le prix Erckmann-Chatrian de 1934.

M. Bosney, préfet de Meurthe-et-Moselle, avait bien voulu présider cette réunion intime, entouré de MM. Georges Sadler, président du comité Erckmann-Chatrian ; Pierre Boyé, président de l'Association des Ecrivains lorrains ; Laire, bâtonnier de l'ordre des avocats ; du maître Bachelet, membre de l'Institut ; des écrivains et artistes lorrains Pierre Hinzelin, Emile Nicolas (Sylvestre Urbain), Paul Nicolas, Imbaux, René d'Avril, Pierre Marot, Fernand Rousselot, Maurice Garçot, etc. ; des Messins Seltzer, Prillot, Delaunay ; de maître Lucien Braye, délégué par les Sociétés de Bar-le-Duc, etc.

A l'heure des toasts, M. Georges Sadler rappela l'œuvre lorraine de notre collaborateur, lut sa page sur l'esprit nancéien, exactement défini, salue en lui le disciple moral de Barrès et souhaite que d'autres œuvres viennent enrichir notre littérature régionale. Puis il lui remet le prix Erckmann-Chatrian.

Tout en se défendant de faire un discours, M. Marcel Grosdidier de Matons salue M. Bosney qui fut préfet du Cantal. Prenant prétexte de cette rencontre et remuant de vieux souvenirs, notre collaborateur fait un exposé du régionalisme si vivant des pays de langue d'oc, encore que ces pays aient fourni, sans vouloir se centraliser eux-mêmes, les meilleurs ouvriers de la centralisation. Il en décrit l'urbanisme né de la multitude des villes, de la poussière aristocratique et de la puissante bourgeoisie, de la poésie intense que dégage la langue d'oc et il compare cette vie provinciale à la vie lorraine, paysanne, plus renfermée, trop repliée sur la terre et difficile à dégager ailleurs que dans la défense. La Provence donne le ton aux races latines, disait Barrès. Mais, ajoute Grosdidier de Matons, qu'on ne dise pas que notre Lorraine est sans beauté, beauté humaine s'entend. Il faut pour créer la beauté : la sécurité, le loisir, la durée. Mais elle a défendu la beauté qu'on créait ailleurs. Elle a, pour défendre cette beauté, retenu, repoussé ou bien tamisé, absorbé, humanisé des barbares. Elle est la règle de grammaire, froide, tranchante, sans laquelle il n'y aurait pas d'œuvre littéraire possible.

Rappelant l'œuvre de Barrès, de Robert Parisot, de Charles Sadoul, il déclare que le régionalisme lorrain doit vivre comme les autres, les provinces étant les contreforts solides de la Patrie.

M. Bosney, préfet de Meurthe-et-Moselle, dans une charmante improvisation, dit combien il est heureux de renouer en Lorraine les liens commencés dans le Cantal où M. Grosdidier de Matons fut un animateur du mouvement artistique, la part qu'il prit à la connaissance de ce pays de montagnes, vivant et d'une tragique et riche beauté. Il dévoile qu'au Salon de la Société Artistique dont il est vice-président, Marcel Grosdidier de Matons exposait aussi et que le pinceau ne lui faisait pas peur. Enfin, revenant à la Lorraine, il fait grand éloge des deux beaux livres de la maison Arthaud sur notre pays tout entier dont les coins les plus mal connus ont été mis en lumière pour tirer de tous ces détails une rapide synthèse.

Et Fernand Rousselot y alla d'une de ses bonnes fiauves.

Après le déjeuner, qui se prolongea tard, les écrivains lorrains furent conduits au Musée lorrain par M. Pierre Marot, archiviste du département et conservateur du Musée, et reçus par M. Edmond des Robert. Le Musée lorrain s'agrandit considérablement, il triple la surface de ses salles par la récupération de tout l'ensemble du Palais ducal occupé jusque-là par une école. Cette extension permettra de reconstituer la vie du duché siècle par siècle dans un ensemble de toute beauté.

La journée du Comité Erckmann-Chatrian se termina dans une atmosphère de cordialité et d'union provinciale excellente, Emile Nicolas tenant à y associer les Amis des Arts, déclara que les artistes messins doivent désormais exposer au Salon de Nancy, où la plus large place leur sera faite afin de bien montrer l'unité de la province qui, après avoir brillé d'un si grand éclat dans l'Ecole de Nancy, s'est, depuis la guerre, trop effacée.

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