L'Eclair de l'Est
La Société Erckmann-Chatrian décerne son prix annuel
dimanche 2 mars 1930 · p. 3 · signé L. M.
La société Erckmann-Chatrian décerne, chaque année, un prix littéraire, destiné à récompenser le ou les auteurs ayant le mieux contribué à faire aimer la Lorraine.
Ce prix a été remis samedi, à 17 h. 30, au grand amphithéâtre de la Faculté des Lettres, à M. Robert Parisot, en sa qualité de président de la Société Lorraine des études historiques, pour l'ouvrage de vulgarisation : les Lectures Lorraines, qu'elle a fait éditer.
M. le recteur Louis Bruntz présidait la cérémonie et ouvrit la séance en se déclarant heureux de saisir cette occasion de témoigner son admiration et sa sympathie à la société Erckmann-Chatrian. Dès sa fondation, dit-il, il avait adhéré à son programme de diffusion de la pensée française en Alsace-Lorraine. Pendant la guerre, la Société joua un beau rôle de soutien moral et pécuniaire. Après la guerre, elle décerna successivement un prix littéraire à MM. Léopold Bouchot, recteur d'école à Nancy, pour ses leçons d'Histoire lorraine ; à M. Eugène Mathis, écrivain vosgien de talent ; à MM. Jean et Gobron ; finalement aux Lectures lorraines</b, par M. Thierry, inspecteur primaire à Verdun.
A plusieurs reprises, le choix de la Société Erckmann-Chatrian a été ratifié par l'Académie française.
M. le recteur rend hommage aux membres de son bureau : la Société décerne aujourd'hui son prix à la Société lorraine des études historiques, qui a manifesté, diversement et puissamment son activité. Elle compte maintenant plus de cinq cents membres et sa situation est florissante.
M. le recteur salue son président, M. le professeur Robert Parisot, qui a donné un exemple superbe de courage et de vaillance. Obligé de quitter l'armée pour raison de santé, M. Parisot se tourna vers l'Université où il prit rapidement ses grades. Il succéda à son maître Pfister à la Faculté des Lettres et devint le titulaire de la chaire d'Histoire du moyen-âge. Il se consacra, en outre, à la publication des Annales de l'Est et de la Bibliographie Lorraine.
M. Bruntz rappelle les titres de M. Robert Parisot : sa Légion d'honneur, ses récompenses à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et à l'Académie française, et il conclut en ces termes : « On se sent bien Lorrain et fier de l'être, en lisant ce charmant petit livre des Lectures Lorraines, d'une si grande puissance éducative ».
M. Emile Nicolas, rapporteur, dit tout d'abord qu'il fallait, après la guerre, enseigner la France à ceux qui ne la connaissaient qu'imparfaitement. Ce fut l'œuvre de la Société Lorraine des études historiques.
Elle fit paraître les Lectures Lorraines, qui ont eu l'honneur d'être préfacées par le maréchal Lyautey.
Tout texte un peu trop savant et littéraire en a été écarté, pour que l'ouvrage soit compris de tous.
5.500 exemplaires ont été livrés. Une deuxième édition se prépare. Le distingué rapporteur énumère les collaborateurs des Lectures », énumération qui prouve que quoi qu'en en dise, la littérature lorraine est féconde.
La récompense dont dispose la Société Erckmann-Chatrian est modeste, mais comme on dit en Lorraine : « le cœur y est ».
Confus des éloges qui lui ont été décernés, et qu'il qualifie d'excessifs, M. le professeur Parisot remercie la Société Erckmann-Chatrian de son choix et parlant des parrains de la Société, reconnaît que leurs œuvres ont charmé et presque passionné la génération du XIXe siècle. Il avoue avoir lu avec plus de plaisir les contes que les romans nationaux, bien que ceux-ci répondent mieux aux intentions propagandistes de la Société Erckmann-Chatrian.
Après avoir loué, en passant, M. Léopold Bouchot, organisateur de l'Histoire lorraine, M. Robert Parisot tient à dire que le prix décerné aujourd'hui ne va pas au président de la Société lorraine des études historiques, mais à tous les collaborateurs de l'œuvre couronnée qui sont très nombreux.
« Quelques lacunes, dit-il, seraient à combler dans l'ouvrage, notamment en ce qui concerne les vins, rouges et gris, de Lorraine, qui n'ont point été chantés comme ils devaient l'être. Il est plus délicat, puisque les Lectures sont destinées à l'enfance, de parler de la Mirabelle.
En terminant, M. Robert Parisot renouvelle à la Société Erckmann-Chatrian l'expression de sa profonde gratitude, remercie M. le recteur d'avoir bien voulu présider la séance et M. Emile Nicolas d'avoir prononcé, à son égard, de trop flatteuses paroles.
Avant que M. le recteur ne lève la séance, M. Georges Sadler, secrétaire général de la Société Erckmann-Chatrian, lit une lettre d'excuses du maréchal Lyautey, datée du 23 février, qui contient un éloge très vif et bien mérité de M. Robert Parisot.
Le prix littéraire est ensuite remis à M. Robert Parisot qui prie M. Sadler de transmettre une fois encore au maréchal Lyautey ses sentiments de gratitude pour la belle préface dont il dota spécialement les Lectures Lorraines.
Cette séance, que présidait M. le recteur Bruntz, avait attiré un certain nombre de personnalités nancéiennes à la Faculté des Lettres.
Sur l'estrade avaient pris place MM. Georges Sadler, secrétaire général de la Société Erckmann-Chatrian ; Pierre Hinzelin, trésorier ; Emile Nicolas, rapporteur du prix littéraire.
Au premier rang de l'assistance, on remarquait la présence de MM. André Magre, préfet de Meurthe-et-Moselle ; Ch. Gérard, adjoint au maire de Nancy ; Laurent, doyen de la Faculté des Lettres ; Pierre Boyé, de l'Académie de Stanislas ; Signoret, inspecteur d'Académie ; Ch. Sadoul, directeur du Pays Lorrain et de la Revue Lorraine Illustrée, etc.
Après la séance, les membres de la Société Erckman-Chatrian se sont réunis en un dîner intime à l'Hôtel de l'Univers, sous la présidence de M. Roblot, secrétaire général de la préfecture.
M. Denis avait spécialement soigné le menu.
Au dessert, M. l'adjoint Gérard émit le vœu que l'exemple de la Société Erckmann-Chatrian soit suivi et que l'on voie un peu plus de prix récompenser à Nancy le mérite des travailleurs intellectuels.
L. M.