Remise des Prix 2020 à Nancy
par Bernard VISSE
Nancy, Palais du Gouverneur, 19 juin 2021

Monsieur le Maire, Monsieur le Président de la Métropole du Grand Nancy,
Chers lauréats,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Très excellente assemblée, je vous préviens derechef (j’aime bien les vieux mots qu’on n’emploie plus dans les SMS…) et vous invite à la patience : trois interventions vont prendre suite à ce pupitre, qui vont faire l’éloge des lauréats et vous donner, si ce n’est déjà fait, l’impétueuse envie de mieux les connaître. Et… trois réponses vont faire suite à ces interventions.
Aussi je vais tenter de ne pas être trop long, en vous présentant notre Comité. L’un des rôles importants du Président est de garder le temple. De garder la mémoire du « Comité Erckmann-Chatrian » qui vit, depuis presque cent huit ans. Le Président se doit de faire prospérer cette mémoire en tout temps et en tout lieu. A Nancy aussi.
Tout débute en effet à Nancy, en juillet 1913. Émile Hinzelin, écrivain, membre de l’Académie Française, et Georges Sadler, musicien, homme de Lettres, réunissent ici même, une vingtaine de personnalités lorraines. Ils proposent la création d’une Société Erckmann-Chatrian.
L’idée est bien accueillie. Georges Sadler demande audience au Président de la République Raymond Poincaré qui le reçoit en novembre et approuve le projet. Cette société se mettra au service de la défense et de la promotion de la langue française dans les pays annexés, notamment en y diffusant les œuvres très populaires alors d’Émile Erckmann et Alexandre Chatrian.
Le 16 janvier 1914, la Société Erckmann-Chatrian est officiellement créée. Président : Émile Hinzelin. Administrateur-délégué : Georges Sadler. Présidents d’honneur : Maurice Barrès et le maréchal Lyautey.
Durant la première Guerre mondiale, la Société se consacre au soutien des réfugiés lorrains et alsaciens, distribue quelque 5000 livres d’Erckmann-Chatrian aux écoles et hôpitaux. Elle organise des conférences, des représentations théâtrales et autres manifestations culturelles, pour rassembler les fonds nécessaires à ses activités. En juin 1917, un concert mémorable rassemble 1200 personnes, toujours à Nancy, salle Poirel, sous la protection d’avions français chargés d’éloigner les bombardiers prussiens.
La Société, devenue Comité, décide en 1925 la création d’un prix littéraire qui sera décerné chaque année, en novembre, par un jury composé de personnalités littéraires des quatre départements lorrains et remis solennellement au printemps suivant. Pourront concourir les auteurs d’origine lorraine ou lorrains d’adoption, et les écrivains non lorrains qui ont publié un ouvrage de valeur sur un sujet lorrain. Son premier lauréat, en novembre 1925, le Vosgien Eugène MATHIS, recevra son prix des mains du maréchal Lyautey en personne.
À la suite d’Émile Hinzelin, Georges Sadler préside le Comité Erckmann-Chatrian jusqu’à sa mort en 1958. Lui succéderont le professeur Albert Schneider, Roger Bichelberger, Michel Caffier, Philippe Claudel, Gaston-Paul Effa, Gilles Laporte et, depuis 2015, votre serviteur.
Depuis sa création, soutenu par les collectivités locales et territoriales de Lorraine, le Prix Erckmann-Chatrian a été attribué très régulièrement, sauf interruption de 1940 à 1944. Juste conséquence de sa qualité, il a acquis très vite une belle notoriété nationale. Dès 1945, la presse parisienne le baptisait : le Goncourt lorrain.
Fidèle à sa tradition de promotion de la culture française issue de Lorraine, le Comité Erckmann-Chatrian a créé en 1989 deux autres prix, permettant de couvrir un champ plus vaste de la création littéraire et de la recherche, et de révéler de nouveaux talents : la Bourse Histoire et la Bourse Lorraine.
Quelle année 2020 ! L’édition française y a connu beaucoup de difficultés. Celles-ci se sont naturellement répercutées sur les travaux du Comité qui, pour la première fois depuis plus de neuf décennies, a vu trop peu d’ouvrages lui être proposés. Afin de maintenir une tradition bientôt séculaire, il a été décidé deux principes cette année : d’une part récompenser un auteur lorrain pour l’ensemble de son œuvre, et d’autre part valoriser deux revues lorraines.
En signe fort de solidarité avec les libraires (et les autres intervenants de la « chaîne du livre »), le Jury a choisi de ne divulguer les noms des lauréats qu’au moment de la réouverture des librairies.
Les Prix auraient dû être annoncés en l’hôtel de ville de Metz le lundi 2 novembre dernier, à la suite de la réunion solennelle du Jury. Mais là encore, les consignes de confinement en raison de la Covid n’ont pas permis cette réunion : cela n’a pas empêché les jurés de télétravailler afin de déterminer des choix forts et unanimes.
En signe fort de solidarité avec les libraires (et les autres intervenants de la chaîne du livre), le Jury a choisi de ne divulguer les noms des lauréats qu’au moment de la réouverture des librairies. Le Comité Erckmann-Chatrian s’est ainsi placé aux côtés des autres grands Prix nationaux (Goncourt, Renaudot, Interallié, etc.) qui ont agi dans ce sens.
L’annonce des Prix s’est donc faite officiellement le 8 décembre 2020.
Qu’il me soit permis de féliciter solennellement nos trois lauréats 2020, tous distingués à l’unanimité lors de nos échanges en distanciel en octobre-novembre derniers, la crise sanitaire ayant pour nous comme pour le monde entier considérablement bousculé nos activités :
- Le Grand Prix Erckmann-Chatrian 2020 est attribué à Richard Rognet, que le jury unanime souhaite récompenser « pour l’ensemble de son œuvre »,
- La Bourse Histoire 2020 est décernée à la Société d’Histoire de Joeuf et environs pour leurs remarquables « Chroniques Joviciennes ». Cette distinction a suscité un débat au sein du Comité en raison de la très haute qualité des revues proposées. Celle-ci a été choisie pour l’intensité et la régularité du travail de l’association, pour sa qualité tant dans la mise en page que dans la riche iconographie, la compétence des auteurs, etc. Toutes pouvaient prétendre au titre.
- La Bourse Lorraine 2020 récompense les Amis du musée des Beaux-Arts de Nancy (association Emmanuel Héré) pour leurs exceptionnels cahiers « Péristyles ». Les jurés ont apprécié leur qualité, due à un groupe particulièrement actif sous la houlette attentive du Professeur Paul Vert, ses objectifs clairs et bien tenus depuis 1992, sa capacité à attirer des signatures nationales et internationales.
Bravo à tous.
Il me reste à remercier la Ville de Nancy, son maire Mathieu Klein, et toute son équipe (élus et services), pour l’excellent accueil qui nous est réservé aujourd’hui.
Il me reste à remercier la Région Grand Est, notre principal soutien financier, la Ville de Metz qui participe également fidèlement à notre financement, le Département de la Moselle qui vient de nous attribuer une subvention, et les villes qui nous ont reçu au cours de ces dernières années :
• en Meurthe-et-Moselle (Nancy, en février 2014 ; Pont-à-Mousson),
• en Meuse (Bar-le-Duc, Doulcon, Saint-Mihiel),
• en Moselle (Corny-sur-Moselle, Forbach, Metz, Phalsbourg),
• dans les Vosges (Épinal, Remiremont, Saint-Dié-des-Vosges).
S’il en était besoin, la simple énumération de ces noms confirme la dimension régionale de notre Prix.
Aujourd’hui, j’ai la grande fierté de travailler avec une équipe qui réunit de magnifiques personnalités. Des esprits ouverts, curieux, sensibles, agréables, et… talentueux…
Par ordre alphabétique :
• Gaston-Paul Effa (Prix Erckmann-Chatrian 1998), excusé (il participe aujourd’hui au salon de Metz)
• Claude Faltrauer (Bourse Erckmann-Chatrian 2018),
• Hélène Gestern (Prix Erckmann-Chatrian 2015), excusée pour raisons de santé (elle devait présider aujourd’hui la remise du Prix René-Fallet à Jaligny-sur-Besbre dans le Bourbonnais et y animer un débat cet après-midi),
• Gilles Laporte (Prix Erckmann-Chatrian 1984),
• Philippe Martin (Bourse Erckmann-Chatrian 1996),
• Gérald Tenenbaum (Prix Erckmann-Chatrian 2008),
• sans oublier Francis Kochert qui n’est plus membre du Jury, mais qui nous assiste toujours comme Chargé de communication (et qui se trouve au Livre à Metz).
Nous accueillerons très bientôt dans notre Comité deux autres personnalités du monde des Lettres lorrain afin de compléter notre effectif.
Ensemble, et avec votre complicité à toutes et tous, nous nous attachons avec constance à chanter notre belle région.
Ensemble, nous allons poursuivre nos travaux, afin de mettre en avant, chaque année, de belles plumes œuvrant pour la Lorraine. Que notre culture et notre esprit lorrain rayonnent toujours davantage !
Merci.
Merci pour votre attention.
Je passe la parole à Philippe MARTIN, Prix Erckmann-Chatrian 1996, responsable des bourses Histoire et Lorraine, professeur d’université à Lyon. La Bourse Lorraine est attribuée aux Amis du musée des Beaux-Arts de Nancy (association Emmanuel Héré) pour leurs cahiers « Péristyles ».
Réponse de Paul VERT, président d’honneur de l’Association Emmanuel-Héré
Je passe la parole à Claude FALTRAUER, Bourse d’Histoire 2018, membre du Comité depuis 2019, auteur d’un ouvrage remarqué sur les Bénédictins en Lorraine, publié chez Gérard Louis, d’après une thèse soutenue à l’Université de Lyon. La Bourse d’Histoire 2020 est attribuée à la Société d’Histoire de Joeuf et environs pour sa revue intitulée « Chroniques Joviciennes ».
Réponse de Roger MARTINOIS, président de la Société d’Histoire de Joeuf et environs.
Il me revient donc maintenant de vous entretenir du Prix Erckmann-Chatrian 2020, que le Jury a attribué à l’unanimité à Richard ROGNET « pour l’ensemble de son œuvre ».
Réponse de Richard ROGNET.