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Revue de presse · Prix Erckmann-Chatrian 1946

L'Est républicain

M. Blache a reçu hier le Prix Erckmann-Chatrian pour son livre « Le Grand Refus »

lundi 21 avril 1947 · p. 2


Hier à 15 h., dans la grande salle de lecture de la Bibliothèque universitaire, place Carnot, M. Blache, recteur de l'Université d'Aix-en-Provence, a reçu le prix littéraire Erckmann-Chatrian pour son livre Le Grand Refus. Cette cérémonie s'est déroulée devant de nombreuses personnalités qui avaient voulu, par leur présence, témoigner leur sympathie à l'ancien préfet de Meurthe-et-Moselle. On reconnaissait notamment M. Samama, préfet ; M. Sadler, président du Comité Erckmann-Chatrian ; le général Gilliot, commandant la 6e région ; le général de Linarès, commandant l'E.M. 2 ; les doyens des cinq facultés ; M. Letort, directeur de l'Institut chimique ; M. Oudin, directeur de l'École des Eaux et Forêts ; le Conseil de l'Université ; de nombreux professeurs ; M. Joly, premier président ; le procureur général Bornet ; M. Borel, procureur de la République ; M. Blet, avocat général ; M. Nérot, président-directeur général de L'Est Républicain ; M. Sirguey, maire de Nancy ; M. Chavarot, secrétaire général de la préfecture, etc…

Prenant le premier la parole, M. Donzelot dit sa joie d'avoir à complimenter M. Blache pour le couronnement bien mérité de son brillant ouvrage, lui disant :

« Il est convenable et juste que, membre de l'Université, vous trouviez ici, l'assistance unanime dans la louange et dans la joie. Et il est bon que les circonstances aient amené l'Université à recevoir cette noble et docte assistance dans la Cité des livres afin de récompenser l'un d'entre les siens qui vient d'ajouter aux bonnes lettres et aux solides pensées une œuvre dont il peut être fier.

Fiers aussi sont ses amis des mauvais jours qui pensaient un peu ce qu'il a si bien et si totalement exprimé. Fière est la Faculté qu'il a honorée de sa présence et de son enseignement — et fière aussi la province qu'il a su sagement gouverner.

Vous avez intitulé votre livre Le Grand Refus et vous l'avez écrit entre juin 1942 et Pâques 1944. Et c'est en ce temps de résignation, de renoncement, de lâcheté et d'abandon que vous écriviez, avec une lucidité pour laquelle je vous apporte un très humble témoignage personnel d'admiration, ces pages où vous analysez avec une surprenante netteté les causes et les effets. On n'a rien dit qui approche en vigueur, en solidité et en précision cette froide dissection des prétextes du conquérant. On n'a jamais jugé à cette époque et peut-être même depuis, les causes de la défaite française avec ce souci de la réalité et cette rigueur philosophique qui n'appartient d'habitude qu'à l'histoire écrite longtemps après les faits.

Vous avez formulé là, dans ce livre, avec ce bonheur dans l'expression qu'un scientifique admire et envie, — mais vous êtes de Lettres, et noblesse oblige — l'histoire spirituelle et l'analyse logique de ce conflit entre des avidités et une civilisation.

Il faut donc vous louer d'avoir gardé l'esprit clair et le jugement sain alors qu'autour de nous était organisée la confusion des ténèbres. Par la raison et par le raisonnement, vous avez été conduit autant que par le sentiment à cette certitude du triomphe final, à cette certitude qu'il viendrait pour le crime et pour l'erreur un jour, qui serait le dernier, et qui serait un jour de gloire et de justice. »

L'orateur termina par la citation de quelques passages du Grand Refus et sur des paroles de foi et d'espérance dans l'avenir.

M. Sadler, le président du Comité Erckmann-Chatrian, parla ensuite du régionalisme. Il développa un intéressant parallèle entre les deux conceptions du régionalisme : l'excessif, qui conduit aux idées de séparatisme et d'autonomisme, et, par conséquent, aussi nuisible à l'unité nationale qu'au sens patriotique et le véritable qui a pour but unique de développer la compréhension des coutumes locales dans le cadre national et de favoriser l'attachement à leur terre natale de tous les enfants d'une même province.

Et M. Sadler remit en terminant le prix Erckmann-Chatrian à son lauréat. M. Blache remercia en quelques phrases émues, dit sa joie et sa fierté d'avoir remporté ce prix et dégagea les leçons philosophiques et morales contenues dans le Grand Refus, leçons qui peuvent être étudiées avec fruit, non seulement par les Lorrains et par les Français, mais encore par tous les pays d'Europe qui ont eu à endurer l'occupation allemande.

C'est dans une atmosphère d'amitié et de communion intellectuelle que se termina cette cérémonie.

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