L'Est républicain
La manifestation lorraine du Comité Erckmann-Chatrian
lundi 28 octobre 1946 · p. 2
Le Comité Erckmann-Chatrian avait organisé dimanche, à l'occasion du trentième anniversaire de sa fondation, une manifestation en faveur de l'œuvre des fouilles historiques de Vaucouleurs.
La municipalité de Nancy, désirant témoigner sa reconnaissance au Comité pour son œuvre sociale et littéraire, le reçut à 11 h. 30 dans le grand salon de l'Hôtel de Ville. M. Sirguey, maire de Nancy, présidait cette réception, en présence de MM. Blache, préfet de Meurthe-et-Moselle ; Donzelot, recteur de l'Université ; Cuénot, membre de l'Institut ; Dautremer, directeur du Conservatoire ; Villatte, directeur régional de la radiodiffusion ; les adjoints Mme Cairet et M. Duroch ; Heymann, président du Syndicat d'Initiatives ; le bâtonnier Maxime Lairé, etc.
M. Georges Sadler, président du Comité, était accompagné de MM. Nérot, vice-président ; Maurice Garçot, Bousser, etc…
M. Sirguey, après avoir évoqué l'activité précieuse du Comité Erckmann-Chatrian, remit à M. Georges Sadler la médaille d'honneur de la ville de Nancy. Le président du Comité Erckmann-Chatrian exprima sa vive gratitude pour ce geste. Puis il évoqua quelques souvenirs de l'activité du Comité.
A 15 heures, Salle Poirel, en présence d'une assistance malheureusement trop peu nombreuse, le Comité Erckmann-Chatrian a fait appel aux Nancéiens pour aider le Comité des Fouilles historiques de Vaucouleurs. On sait avec quel dévouement, et aussi avec quelle ardeur M. Henri Bataille, l'éminent historien de la Cité meusienne, consacre son activité à faire de Vaucouleurs l'un des hauts lieux du patriotisme français.
M. Georges Sadler tint d'abord à renseigner l'auditoire sur l'œuvre accomplie depuis 1914 par le Comité Erckmann-Chatrian : Œuvre d'assistance aux engagés alsaciens et lorrains pendant la guerre de 14-18, qui s'est transformée en action purement lorraine depuis 1919, et dont le Prix annuel est justement nommé le Goncourt lorrain. M. Sadler présenta M. Henri Bataille en recommandant son œuvre à tous les Lorrains. « Le Comité Erckmann-Chatrian, dit-il, se devait d'appuyer l'œuvre des fouilles de Vaucouleurs. En le faisant il continue à maintenir une action salutaire pour l'entente lorraine entre les quatre départements. »
Au cours de l'été prochain, en mai ou juin 1947, de grandes fêtes seront organisées à Vaucouleurs. M. Lemaître, maire de cette ville, y convia les auditeurs, certains que les Nancéiens s'associeront à ces fêtes, célébrées au lieu même où se décida la grande mission de Jeanne d'Arc.
Cette mission de Jeanne d'Arc, nul ne pouvait mieux la préciser que M. Henri Bataille, historien cultivé, écrivain de grand talent, orateur au style de qualité. M. Henri Bataille n'eut pas de mal à convaincre son auditoire. Il lui communiqua son enthousiasme pour la cause qui est la sienne depuis plus de quinze ans.
L'orateur évoqua les premières fouilles de 1933, effectuées sous l'œil ironique de ses concitoyens qui ne tardèrent pas à devenir des apôtres ardents. Les premiers travaux, interrompus en 1938, ont amené la découverte de ruines imposantes qui attirent déjà les touristes. Il faut poursuivre ces recherches, car M. Henri Bataille est certain de retrouver cette grande salle qui fut le témoin d'un acte historique de la plus grande importance : l'entrevue de la sainte lorraine avec le sire de Baudricourt.
Certains objecteront qu'il n'est peut-être pas urgent de faire sortir des ruines, alors que tant d'autres ont été laissées par la guerre récente. M. Henri Bataille sut trouver les mots émouvants pour toucher des bonnes volontés qui s'associeront à son œuvre. Il y a un intérêt majeur dans le domaine touristique qui s'ajoute à celui, peut-être plus important encore pour notre redressement, de l'aspect spirituel. « Car, dit M. Henri Bataille, la France fait ses meilleures choses quand elle se replonge dans son passé. »
Et, pour rendre toujours plus vivant ce haut lieu de Vaucouleurs, l'éminent historien retraça le séjour de Jeanne dans la petite cité dans une page littéraire que nous souhaitons entendre à nouveau en présence d'une assistance digne de sa valeur.