Revue du Rhin et de la Moselle
Une manifestation de Solidarité Lorraine à Verdun
vendredi 1er mars 1929 · p. 46
Faisant suite aux journées Nancy-Metz des deux années précédentes, la Société Erckmann-Chatrian, sous le haut patronage du Président de la République, a continué magnifiquement son œuvre de régionalisme national par sa manifestation de Verdun, l'autre dimanche.
Accompagnés de MM. Houot et Peltier, premier adjoint et adjoint aux Beaux-Arts de Nancy, MM. Antonin Daum, Georges Sadler et Pierre Hinzelin, représentant la Société, se rendirent en arrivant à Verdun au monument des Morts où deux couronnes furent déposées au nom de la ville de Nancy et de la Société Erckmann-Chatrian, en présence de M. Campion, sous-préfet de Verdun et de la municipalité. Un banquet intime, sous la présidence du député-maire, précéda la réception officielle à l'Hôtel de Ville au cours de laquelle M. Schleiter remit solennellement au nom de l'héroïque cité, la médaille de Verdun à la Société Erckmann-Chatrian et à la Ville de Nancy. Puis, dans la grande salle des fêtes, comble d'un public d'élite, le député-maire de Verdun ouvrit la séance par le discours suivant :
Discours de M. Schleiter, député-maire de Verdun
Peu d'années après la guerre, je me trouvais un jour dans le cabinet d'un notable fonctionnaire verdunois, occupé à discuter avec son architecte de la décoration de la pièce, et, me montrant un dessin, fort élégant et gracieux d'ailleurs, composé de chardons et de croix doubles alternés, il ajoutait : « Vous ne direz pas qu'à la faveur de la reconstruction, je ne reste pas dans la couleur locale. » Mon sourire ironique le surprit et il me fallut expliquer que pour décoratifs que puissent être les motifs envisagés, ils ne pouvaient prétendre en aucune façon s'inspirer de souvenirs locaux historiques, attendu que Verdun n'eut jamais l'usage ni du chardon, propre à Nancy avec sa devise piquante et pittoresque, ni de la croix double, réservée au duché de Lorraine, dont jamais Verdun ne fit partie, étant alors un petit État souverain possédant ses propres armes.
N'ai-je pas dû, un autre jour, faire gratter de la façade d'une de nos écoles rebâties après la grande destruction, ces mêmes armes complètes de Lorraine, qu'un artiste mieux intentionné que documenté y avait sculptées, auxquelles je fis simplement substituer les armes de Verdun. Qu'est-ce à dire ? Aurions-nous ici quelque hostilité, instinctive ou voulue, à l'encontre de la Lorraine ? Que non pas ! Simple souci historique, respect de la vérité d'hier, volonté de ne pas laisser induire nos enfants en erreur et fausser leurs connaissances du passé de leur petite patrie, dont l'histoire est assez belle pour leur être enseignée dans sa réalité authentique. Mais ce particularisme de bon aloi n'exclut en rien la réelle sympathie pour la grande Lorraine, telle que l'a définie le professeur Parisot, la région lorraine actuelle qui s'étend aux anciens duchés de Lorraine et de Bar et aux trois villes impériales de Metz, Toul et Verdun. Respecter les souvenirs du passé n'a jamais nui dans le présent, ni pour l'avenir.
Cette grande Lorraine moderne groupant dans la France une et indivisible des gens de mœurs et de langues semblables, d'intérêts et de besoins concordants, nous sommes toujours heureux d'en voir développer l'activité bienfaisante. Et ce nous est toujours un plaisir d'en noter les manifestations. Aussi je suis heureux aujourd'hui de souhaiter la bienvenue de Verdun aux représentants de nos deux grandes villes lorraines. A vous, Messieurs et chers collègues, aux grandes villes que vous représentez, toute notre sympathie dans un commun amour de notre grande Lorraine. Si aujourd'hui se trouvent réunis ici ses représentants, nous le devons à la Société Erckmann-Chatrian et à son actif et dévoué directeur, M. Sadler, qui nous ont conviés à cette réunion. Nul n'était plus qualifié que ce groupement qui a fait des deux noms des bons auteurs de L'Ami Fritz, du Docteur Mathéus et de L'Invasion, tout un programme. Programme d'activité régionale dans un cadre national, où nous sont donnés en exemple, les braves gens simples et vrais, d'une exactitude frappante, qui, pour rester eux-mêmes, n'en étaient pas moins de bons Français ignorant l'autonomisme.
Au nom de Nancy, M. Houot, premier adjoint, répondit par une allocution très applaudie et Émile Hinzelin tint ensuite l'auditoire sous le charme de son éloquence. Faisant un parallèle entre l'œuvre d'Erckmann-Chatrian et l'attachement des vrais Alsaciens et Lorrains à la France, l'éminent conférencier dénonça avec une extrême vigueur l'œuvre impie que certains égarés voudraient propager sous l'étiquette fallacieuse d'autonomie, et sa magnifique péroraison fut couverte d'applaudissements.
La remise du prix Erckmann-Chatrian fut faite par le Directeur de la Société, Georges Sadler, qui transmit au lauréat, M. Thierry, inspecteur de l'enseignement primaire à Verdun, dont l'éloge avait été fait par les précédents orateurs, les félicitations du maréchal Lyautey, président d'honneur du groupement et termina par l'espoir de le voir bientôt couronné par l'Académie française comme M. Mathis, titulaire du prix de 1926.
A l'issue de cette belle manifestation dont le succès fut complet, la Société Erckmann-Chatrian fut priée par de nombreuses personnalités présentes d'apporter son généreux concours à d'autres cités lorraines qui veulent aussi affirmer leur union étroite dans un même sentiment de solidarité nationale.
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NOTES (à ne pas coller sur le site)
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Lecture sûre (bonne impression). Le discours de Schleiter est composé en petit corps dans la revue ;
les « * * * » marquent ici le retour au corps normal (pas d'ornement dans l'original : à retirer si vous préférez).
Graphie « Thierry » dans la revue (cf. la discussion Thiéry / Thierry).
Contexte : la revue (Strasbourg/Metz, patriote, hostile à l'autonomisme alsacien) — d'où l'insistance sur
« l'autonomisme ».
FICHE SUGGÉRÉE : nature « Compte rendu » ; année du Prix : 1928 ;
personnes citées : Henri Thiéry, Georges Sadler, Émile Hinzelin, Pierre Hinzelin, Antonin Daum, Lyautey,
Eugène Mathis, Robert Parisot, Victor Schleiter (député-maire de Verdun).
POUR LA CHRONOLOGIE (remise du 3 février 1929 à Verdun, déjà connue) :
- Délégation : Houot (1er adjoint de Nancy), Peltier (adjoint aux Beaux-Arts), Antonin Daum, Georges Sadler,
Pierre Hinzelin ; couronnes au monument aux morts ; banquet ; réception à l'hôtel de ville.
- Le député-maire Victor Schleiter remet la MÉDAILLE DE VERDUN à la Société et à la Ville de Nancy
(confirme « médaille de la ville de Verdun en 1929 »).
- C'est SADLER, « Directeur de la Société », qui remet le prix ; Hinzelin fait la conférence.
- Lyautey « président d'honneur du groupement » en 1929.
- « M. Mathis, titulaire du prix de 1926 » : encore l'année de REMISE.
- « Faisant suite aux journées Nancy-Metz des deux années précédentes » (remises Jean 1927, Gobron 1928).