Le Messin, journal républicain démocrate
Jeanne d'Arc fêtée à Vaucouleurs par le Comité Erckmann-Chatrian
jeudi 1er juin 1939 · p. 6
Cette très belle journée d'exaltation lorraine du lundi de Pentecôte a été dédiée toute entière au souvenir de l'héroïne nationale, dans ce haut lieu qu'est Vaucouleurs.
Ainsi s'exprimait, à l'hôtel de ville, M. Henri Bataille, à qui le comité Erckmann-Chatrian venait de remettre la grande médaille d'argent de Jeanne, frappée à son intention par la Monnaie de Paris.
« Il y a 511 ans et quelques jours, Jeanne d'Arc venait à Vaucouleurs. Aujourd'hui, la Société Erckmann-Chatrian vient dans les murs de cette ancienne et illustre cité, pour ressusciter le souvenir de l'héroïne. En effet, messieurs, votre geste et votre démarche viennent consacrer, sans nul doute possible, une étape de la résurrection du culte de notre libératrice. Il appartenait à M. Sadler, qui consacre ses efforts et son enthousiasme en même temps que son autorité à toutes les causes patriotiques, de donner à la résurrection du souvenir de Jeanne d'Arc à Vaucouleurs, une impulsion nouvelle. Vous venez apporter aujourd'hui à mon œuvre, M. le Président, la première consécration officielle et publique, soyez chaudement remercié. Certes, si nous ne sommes pas aujourd'hui au terme de nos découvertes, si Vaucouleurs est encore loin d'être tout ce qu'il peut être et tout ce qu'il doit être, nous assistons au lancement d'une œuvre qui est appelée à restituer à la France un des trésors de son patrimoine et que l'on croyait à jamais perdu. Vous inaugurez, ainsi que vous venez de le dire, un de ces hauts lieux de Lorraine où souffle l'esprit, vous faites connaître une des sources du génie français ».
Tel fut le début de la belle réponse du nouveau lauréat du C. E. C. après les souhaits de bienvenue de la municipalité et le discours de M. Georges Sadler.
Au banquet, parfaitement présenté à l'hôtel Jeanne-d'Arc, le président, excusant le maire de Nancy, dit combien il était sensible à la présence d'un représentant de la municipalité messine. Il évoqua les souvenirs de l'annexion qui le liaient à M. H. Maire qui accompagnait le Comité Erckmann-Chatrian, également en membre bienfaiteur.
Dans une allocution très étudiée et lue avec émotion, celui-ci exprima tous les regrets du maire de Metz de ne pas être présent, puis continua :
« M. Henri Bataille, nous le savons à Metz, s'est attaché à retrouver et à reconstituer le château où le sire de Baudricourt, Lorrain au service du roi de France, reçut Jeanne. Nous savons que c'était un soldat bourru, peu enclin à avoir confiance dans les dires de la jeune fille, mais nous savons aussi que, sur le point d'être obligé de rendre à l'Anglais et au Bourguignon la place dont il avait la garde, il finit par accepter et par s'attendrir au moment du départ de la petite troupe qui emmenait Jeanne et son espérance : Va, ma fille, et advienne que pourra.
« Au fond, nous allons toujours à Domremy et au bois chenu, c'est le cadre de la méditation de Jeanne, mais c'est ici à Vaucouleurs que se confirme sa mission, c'est ici qu'elle trouve la volonté de l'accomplir et c'est parce que Vaucouleurs existe que Jeanne a eu l'idée de courir au service de la France ».
Puis, à 3 heures, le Comité Erckmann-Chatrian, guidé par Henri Bataille, suivait les pas de Jeanne d'Arc à travers Vaucouleurs, à la chapelle castrale, dans les ruines du château de Baudricourt, enfin à la porte de France d'où Jeanne quitta la Lorraine pour sauver la France.
Cet émouvant pèlerinage, sous la direction enthousiaste de son guide, se terminait à 7 heures par une visite à l'impressionnant château de Gombervaux.
Ainsi finit une journée inoubliable, prélude d'autres manifestations en septembre à Metz, et en octobre à Nancy, où le mi-cinquantenaire de la Société sera fêté officiellement par une réception à l'hôtel de ville et un banquet sous la présidence de M. André Magre, secrétaire général de la présidence de la République. C'est sur le désir de la ville de Nancy et d'accord avec celle-ci que cette manifestation a été retardée à un moment plus favorable à son importance.