L'Eclair de l'Est
Au cours de l'Assemblée générale le vice-président E. Nicolas est décoré par le président Sadler
lundi 11 mai 1936 · p. 3 · signé « R. d'A. » (René d'Avril, pseudonyme de Léon Malgras
Au Comité Erckmann-Chatrian
M. Grosdidier de Matons apprécie l'œuvre du chanoine Humbert, lauréat du Prix littéraire
Le comité Erckmann-Chatrian s'est réuni dimanche à midi 30, au restaurant du Grand Vatel où Fernand Marlier avait composé à son intention un menu de grande classe.
Il s'agissait de l'assemblée générale, de la remise officielle de la croix de la Légion d'honneur au vice-président Émile Nicolas et de celle du prix littéraire au lauréat, M. le chanoine Humbert, aumônier du lycée de Bar-le-Duc.
L'écrivain lorrain, Louis Bertrand, à son grand regret, retenu dans le Midi par son état de santé, n'avait pu venir présider la séance. Autour du président Georges Sadler, s'étaient groupés, entre autres personnalités, MM. Victor Prouvé, directeur de l’École des Beaux-Arts ; Pierre Boyé et Émile Nicolas, vice-présidents du comité E. C. ; Henri Frémont, directeur du Bulletin mensuel, président de la Société de Géographie de l'Est ; Fernand Rousselot, président de l'U. P. N. ; Ch. Berlet ; Grosdidier de Matons ; Seltzer, directeur du Messin ; Paul Nicolas, verrier d'art ; Maurice Lunaud ; Maurice Garçot ; Griveaud, archiviste de la Moselle ; Me Lucien Braye, secrétaire de la Société des Lettres de Bar-le-Duc ; Maxime Lairé, ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats ; Louis Frémont, etc... La femme et le fils de M. Émile Nicolas et Mme Georges Sadler, assistaient aussi à la réunion.
M. Nicolas touché profondément par cette manifestation de sympathie exprime sa reconnaissance particulière au président du comité E. C. Il dit l'espoir de redevenir Français qui animait les habitants de Vic, où il passa son enfance. La lecture d'œuvres telles que le Conscrit de 1813, Madame Thérèse, L'Invasion qui furent ses livres de chevet, maintenait dans un tel sentiment les Lorrains annexés.
Puis, c'est un rapide historique de la société fondée officiellement le 16 janvier 1914 et à laquelle il fut toujours fidèle.
A tous ceux qui furent les promoteurs de la distinction dont il est honoré, M. Émile Nicolas adresse ses remerciements émus.
Comme souvenir durable de cette journée, M. Sadler offre au légionnaire quatre épreuves sur Chine des aspects de Lorraine, de Paul-Émile Colin.
Victor Prouvé renouvelle à Émile Nicolas, critique d'art toujours bienveillant et compréhensif, l'expression de la reconnaissance des artistes lorrains.
M. Georges Sadler donne tout d'abord lecture des excuses, chaleureusement cordiales de M. Louis Bertrand et de celles de M. Alfred Bachelet, de l'Institut, directeur du Conservatoire, retenu à Paris, pour le concours du prix de Rome.
M. Émile Nicolas, d'autre part, a reçu les excuses de MM. les préfets de Meurthe-et-Moselle et de la Meuse ; de MM. les maires de Nancy et de Metz ; de MM. Delaunay, directeur du Conservatoire de Metz ; des Robert, président de la Société d'Archéologie lorraine ; Larmoyer.
La distinction dont est l'objet Émile Nicolas, dit M. Sadler, prouve que de très hautes personnalités, connues de tous, malgré labeurs et honneurs, n'oublient pas la Lorraine.
S'adressant au nouveau légionnaire, il lui dit : « A la Lorraine et à ton œuvre, mon cher ami, tu dois ta croix ; car tu es le type du Lorrain cent pour cent, suivant une expression à la mode. Ensemble nous avons fondé ce groupement Erckmann-Chatrian, recevant des adhésions du fond même de la Chine et du Japon. Je ne l'oublierai jamais. »
Avant d'accrocher l'insigne d'émail sur la poitrine d’Émile Nicolas, le président de la Société Erckmann-Chatrian demande aux assistants de se recueillir une minute en souvenir de Raymond Poincaré, de Maurice Barrès et du maréchal Lyautey, qui furent les premiers protecteurs de la société.
Puis il fait notre confrère chevalier de la Légion d'honneur, aux applaudissements de tous.
Maintenant, c'est la remise du prix littéraire à M. le chanoine Humbert, pour son beau livre Mme Jenkin et André Theuriet. Ici, les rôles semblent un peu renversés. Car le rapporteur, M. Grosdidier de Matons fut, hier, l'élève du lauréat d'aujourd'hui et il le rappelle avec humour. Puis, il ajoute :
« Nous nous sommes quittés, nous sommes allés à Paris, je ne vous ai plus rencontré, encore que j'ai été élevé dans ce vieux collège Stanislas où vous deviez enseigner longtemps. C'est en Lorraine que nous nous sommes retrouvés. Et nous avons la même tendresse pour cette jolie ville de Bar, notre capitale, coquette, mesurée, pittoresque, un peu vieillie, un peu vétuste même, c'est la faute des monuments historiques qui sont trop pauvres, mais qui sait encore grimper allègrement sur ses collines, qui a tant de charme et surtout tant de silence et tant de sagesse.
« Votre livre a prouvé, cependant, que cette sagesse n'est qu'apparente et que derrière les façades des hôtels richement sculptés de ces messieurs de la Cour des Comptes se cachent des passions que vous êtes allés réveiller.
« Votre livre en suit bien d'autres où vous avez étudié, avec votre esprit de philosophe et de psychologue, mais aussi votre science historique, le gouvernement de M. de Calonne que la Lorraine a aimé pour ses bienfaits et que Paris a calomnié. Du XVIIIe siècle où, je crois, vous avez toujours été à l'aise (car je vous vois bien au XVIIIe siècle, je vous le dis sans méchanceté) vous êtes venu au XIXe, sollicité par André Theuriet. »
Le lauréat remerciant le comité et M. Grosdidier de Matons, observe justement que l'histoire littéraire de la Lorraine n'est pas encore écrite.
En étudiant Theuriet, il a voulu mettre en relief que la province a apporté à cet ensemble unique qu'est la littérature française. Puisse-t-il avoir contribué à montrer comment s'est constitué l'esprit français par la collaboration de provinces dont la Lorraine est une des plus grandes et des plus caractéristiques. (Applaud.).
Nous faisons hommage à M. le chanoine Humbert, d'une poésie impromptue sur le vieux Bar et l'on passe à la troisième partie de la séance : l'assemblée générale du Comité Erckmann-Chatrian.
Du rapport moral de M. Georges Sadler, il ressort que la Société, dont fréquemment le Journal des Lorrains de Paris a dit, l'activité, est très prospère. Trois commissions la composent : la Commission des Prix littéraire et artistique, la Commission des Finances et la Commission de Propagande littéraire. Le Comité E. C., un des premiers, a voulu faire triompher l'idée d'une entente lorraine étroite entre Nancy, Metz et Verdun.
En se rendant, cette année, en juillet, sur la tombe de Raymond Poincaré, à Nubécourt, le Comité aura probablement l'occasion de fraterniser, dans Bar-le-Duc, avec les écrivains meusiens de la section des Lettres.
M. Seltzer, trésorier, fait ensuite adopter les conclusions du rapport financier et l'idée d'un dépôt des fonds dans une caisse d'épargne de la région.
Avant de lever la séance et après des remerciements à Fernand Marlier, exprimés avec esprit, par Fernand Rousselot (qui dit aussi quelques fiauves émouvantes) M. Georges Sadler annonce que le Comité E. C. est ainsi constitué :
Membres d'honneur : MM. Louis Bertrand, de l'Académie Française ; Alfred Bachelet, de l'Institut ; Émile Hinzelin, Victor Prouvé, André Magre, conseiller d’État, secrétaire général de la présidence de la République.
Un télégramme adressé à ce dernier lui apprendra que sa nomination a été faite par acclamations.
Président général : M. Georges Sadler ; Vice-présidents : MM. Pierre Boyé et Émile Nicolas ; Secrétaire-trésorier : M. Charles Seltzer.
Commission artistique et littéraire : MM. Pierre Boyé, René d'Avril, Émile Nicolas, Fernand Rousselot, Georges Sadler.
Commission des Finances : MM. Pierre Hinzelin, Maurice Lunaud, Palanchon (de Metz).
Commission de Propagande littéraire : MM. Eugène Lambert (Metz), Émile Nicolas et Georges Sadler (Nancy) ; MM. les maires de Nancy, Metz et Verdun, M. Bousser, inspecteur principal de la Compagnie des chemins de fer de l'Est.
R. D'A.