Le Républicain lorrain
Adrien Genoudet remporte le prix Erckmann-Chatrian avec un roman sur la guerre d’Indochine
dimanche 31 mai 2026 · signé Lucas RODRIGUEZ
L’écrivain nancéien Adrien Genoudet a reçu le prix Erckmann-Chatrian 2025 pour Nancy-Saïgon (Seuil), un roman qui explore la mémoire familiale à travers la guerre d’Indochine. Cette édition marquait également le centenaire de cette distinction littéraire lorraine et le bicentenaire de la naissance d’Alexandre Chatrian.

Le Nancéien Adrien Genoudet rejoint désormais la longue liste des lauréats du prix Erckmann-Chatrian. En récompensant Nancy-Saïgon (Seuil), le jury du Goncourt lorrain a distingué cette année une œuvre qui raconte la mémoire familiale, la guerre et les territoires.
Avant la remise du prix, Adrien Genoudet a eu droit à un éloge littéraire émouvant lu par la présidente du comité Erckmann-Chatrian, Fabienne Henryot, saluant, tout comme le jury, un livre aussi fort que maîtrisé avec un style aux antipodes de Duras.
L’envers de la guerre d’Indochine
Le roman s’ouvre sur la scène d’exhumation de Simone. Une réapparition à travers les lettres liées à la guerre d’Indochine écrites par la défunte. L’auteur reconstitue les trajectoires de cette Simone.
Le jury a particulièrement insisté sur la manière dont le livre montre l’envers de la guerre : l’attente, les silences, le suspense créé par les lettres qui tardent à arriver. La description par l’auteur des corps abîmés y est très juste. L’auteur aborde aussi la violence coloniale.
Très ému au moment de recevoir son prix, Adrien Genoudet a offert un discours intime. Il a raconté son habitude de corner les pages des livres pour retrouver plus tard une phrase, une émotion, une mémoire de lecture. Puis il a évoqué ses départs successifs loin de la Lorraine, ses voyages, avant d’expliquer combien l’écriture l’avait finalement ramené à ses origines.
Double célébration
Cette édition 2025 avait une résonance particulière : elle célébrait à la fois le centenaire du concours littéraire et le bicentenaire de la naissance d’Alexandre Chatrian. La cérémonie s’est tenue ce samedi 30 mai à Abreschviller, lieu où Alexandre Chatrian a passé son enfance.
Dans la salle des fêtes de la commune, entre élus, universitaires, auteurs et anciens lauréats, les discours ont rapidement dépassé le simple hommage patrimonial. En effet, derrière la célébration d’un prix centenaire se dessinait une réflexion plus large sur la transmission de la langue française et l’identité littéraire lorraine.
Emmanuel Riehl, maire d’Abreschviller, a rappelé l’attachement républicain du Phalsbourgeois Émile Erckmann et de son complice Alexandre Chatrian, auteurs populaires, selon lui trop souvent réduits à une image scolaire. « Si le peuple est éduqué, on ne pourra plus lui faire prendre des vessies pour des lanternes », a-t-il paraphrasé dans son discours, établissant ainsi un parallèle avec les fractures contemporaines.
La genèse
Le prix Erckmann-Chatrian est né en 1924, avec pour objectif la défense de la langue française dans une Lorraine alors annexée par l’Empire allemand. « L’esprit régional n’est pas une fermeture au monde, a rappelé Fabienne Henryot. C’est poser des racines pour mieux comprendre l’universel. »
En plus d’Adrien Genoudet, Bérangère Thomas, pour Paul Verlaine de la Lorraine (Éditions des Paraiges), ainsi que Laurent Jalabert et Isabelle Brian, pour leur Histoire européenne de la Lorraine (La Nuée Bleue), ont été récompensés.