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Allocution · Prix Erckmann-Chatrian 2014

Allocution de remise des Prix Erckmann-Chatrian 2014, Phalsbourg

par Gilles LAPORTE

Phalsbourg, hôtel de ville, 7 mars 2015


« Aux animaux la guerre », Nicolas MATHIEU
« Aux animaux la guerre », Nicolas MATHIEU
Environ 10 minutes de lecture

Monsieur le maire de Phalsbourg, Dany Kocher,
Madame la maire première adjointe de Phalsbourg, Odette Gully,
Monsieur Oscar Gérard, ancien maire de Phalsbourg,
Monsieur le Conseiller régional de Lorraine, Bertrand Masson délégué à la Culture, représentant le président Masseret et le vice-président Moinaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des Villes partenaires de notre Comité : Metz, Epinal, Nancy, Bar-le-Duc…
Monsieur le pasteur Ruch,
Monsieur le curé Luong,
Madame Stéphanie List, lieutenant de gendarmerie,
Colonel Muller commandant de la base aérienne,
Monsieur Bayet, proviseur adjoint du Lycée Erckmann-Chatrian
Monsieur Paul Kittel, président de l’association Sauvegarde du patrimoine,
Madame Janine Erny, membre de l’Académie d’Alsace et de la Société des Ecrivains d’Alsace-Lorraine-Territoire de Belfort, notre conférencière qui nous parlera cet après-midi de Théophile Klem,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les représentants des académies de Lorraine, des collectivités, administrations, institutions et associations,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Nous nous sentons bien, ce matin, dans cette belle salle des fêtes de la Ville de Phalsbourg, berceau d’Emile Erckmann, parce que vous avez voulu, Monsieur le maire, cher Dany Kocher, que le Comité Erckmann-Chatrian soit reçu avec tous les égards dus à son rayonnement national et à son âge - un siècle d’existence -, avec cette chaleur qui vous caractérise, vous et vos concitoyens gardiens d’un passé et d’un patrimoine si riche, dont…. nos archives.

D’une seule voix, la mienne (mais qui synthétise toutes les autres !) ce Comité Erckmann-Chatrian vous remercie, du fond du cœur. Que toutes celles et tous ceux de vos équipes municipales, élus et administratifs, qui ont fait en sorte que cette journée soit belle et agréable à vivre soient ici remerciés. Nos remerciements vont aussi au Conseil Régional de Lorraine, représenté par vous, cher Monsieur Bertrand Masson, conseiller régional délégué à la culture de la Région Lorraine, notre fidèle partenaire depuis toujours, comme ils s’adressent aussi à Dominique Gros, maire de Metz, Michel Heinrich, maire d’Epinal, Laurent Hénart, maire de Nancy, au Centre Régional du Livre et à la DRAC de Lorraine.

Il est de bon ton, à la première rencontre, de se présenter. Aussi vais-je m’acquitter de cette agréable tâche. Qui sommes-nous ?

Notre Comité se compose, dans l’ordre alphabétique, de:

- Pierre-Marie Beaude, auteur, professeur.
- Roger Bichelberger, auteur, ancien président. Empêché pour des raisons de santé, il nous prie de l’excuser.
- Muriel Carminati, auteure, professeure. Empêchée pour des raison de santé, elle nous prie de l’excuser.
- Gaston-Paul Effa, auteur, professeur, ancien président.
- Francis Kochert, auteur, journaliste, chargé des relations presse-éditeurs.
- André Markiewicz, auteur, directeur du Livre à la DRAC Champagne-Ardennes, trésorier du Comité.
- Philippe Martin, auteur, professeur d’Histoire à l’Université de Lyon. Responsable de la commission Histoire.
- Michèle Maubeuge, auteure, secrétaire du Comité.
- Robert Scheuer, professeur de Lettres, principal de collège.
- Bernard Visse, directeur de la culture, créateur du site Ecrivosges, fondateur à Epinal du salon du livre Les Imaginales, au rayonnement international.
- et votre serviteur, Gilles Laporte, auteur, président du Comité Erckmann-Chatrian, du 9 janvier 2009 à ce jour, 7 mars 2014.

Tous, vous le constatez, font partie de cette catégorie d’extraterrestres rencontrée parfois en librairie ou sous des chapiteaux, derrière des piles de livres, la plume à la main : les Gens de Lettres.

D’où venons-nous ?
Une page d’histoire s’impose.

C’est le 17 juillet 1913 qu’Émile Hinzelin, écrivain, membre de l’Académie française, et Georges Sadler, musicien et homme de Lettres, réunissent à Nancy une vingtaine de personnalités lorraines. Ils leur proposent la création d’une Société Erckmann-Chatrian. L’idée est si bien accueillie qu’en novembre de la même année (1913), Georges Sadler demande audience au Président de la République Raymond Poincaré qui le reçoit, l’entend, approuve le projet, et suggère pour cette société des activités de défense et promotion de la langue française dans les pays annexés par la Prusse après la défaite de Sedan, notamment en y diffusant les œuvres populaires d’Erckmann et Chatrian. L’objectif est clairement défini. Il sera précisé le jour de Noël, à la table du célèbre restaurant nancéen Walter, où Georges Sadler rend compte de ses entretiens avec le Président de la République aux personnalités lorraines intéressées par le projet. Tous l’approuvent sans la moindre hésitation. L’action peut donc s’engager.

Le 16 janvier 1914 est officiellement créée la Société Erckmann-Chatrian. Son premier président est Émile Hinzelin. Elle sera administrée par Georges Sadler. Elle aura pour Présidents d’honneur, élus et salués à l’unanimité : Maurice Barrès et le maréchal Lyautey.

Durant la première Guerre mondiale, la Société va se consacrer au soutien des réfugiés lorrains et alsaciens, distribuer quelque 5000 livres d’Erckmann-Chatrian aux écoles et hôpitaux. Elle va organiser des conférences, représentations théâtrales et autres manifestations culturelles pour rassembler les fonds nécessaires à ses activités. Le mémorable concert de juin 1917 rassemblera 1200 personnes à Nancy, salle Poirel, sous la protection d’avions français chargés d’éloigner les bombardiers prussiens Tauben.

En 1925, premières missions accomplies dans le respect des engagements pris, Lorraine et Alsace étant redevenues françaises, la Société devenue Comité sous l’égide de Georges Sadler, décide la création d’un prix littéraire qui sera décerné chaque année, en novembre, par un jury composé de personnalités littéraires des quatre départements lorrains, et remis solennellement au lauréat au printemps suivant. Pourront concourir les auteurs d’origine lorraine ou lorrains d’adoption, et les écrivains non lorrains qui ont publié un ouvrage de valeur sur un sujet lorrain. Son premier lauréat, en novembre 1925, Eugène MATHIS, de Fraize (Vosges) auteur du roman Les héros de Fraize recevra son prix des mains du maréchal Lyautey.

Des livres ! Des livres ! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: Amour, amour, et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis.

À la suite d’Émile Hinzelin, Georges Sadler présidera le Comité Erckmann-Chatrian jusqu’à sa mort en 1958. Lui succéderont les écrivains : Albert Schneider, Roger Bichelberger, Michel Caffier, Philippe Claudel, Gaston-Paul Effa, puis votre serviteur.
Depuis sa date de création, soutenu par les collectivités locales et territoriales de Lorraine (Région Lorraine, Villes de Metz, Épinal, Nancy, Saint-Mihiel, Bar-le-Duc, Phalsbourg…), quelques entreprises et privés, le Prix Erckmann-Chatrian a été attribué très régulièrement, sauf interruption de 1940 à 1944. Juste conséquence de sa qualité, il a acquis très vite une belle notoriété. Dès 1945, la presse nationale le baptisait : « Goncourt Lorrain ».

Le Comité Erckmann-Chatrian a créé en 1989 deux autres prix, permettant de couvrir un champ plus vaste de la création littéraire et de la recherche, et de révéler de nouveaux talents : la Bourse Histoire, et la Bourse Lorraine.

Au service de notre Pays et de son patrimoine, le Comité Erckmann-Chatrian entre aujourd’hui, avec détermination et sérénité, dans son deuxième siècle d’existence, conscient d’incarner des valeurs humaines fortes.

Si, ce 7 mars 2015, sous le soleil de printemps précoce qui rayonne sur la ville, nous sommes réunis dans cette ambiance chaleureuse, c’est pour rendre hommage à cinq auteurs dont le travail vise (et atteint) les objectifs généreux que je viens d’évoquer, et leur permettre de mieux partager encore avec nous le fruit de leur réflexion, leur désir d’une société plus éclairée et plus respectueuse, leur passion de l’Histoire, et leur irrésistible voyage, sur les chemins de notre pays, vers… le BEAU !

Le jury Erckmann-Chatrian leur a attribué ses prix 2014. Ils ont écrit des livres qui resteront dans notre mémoire et nourriront notre aspiration à davantage d’humanité. Que cet hommage touche aussi leurs éditeurs. Sans mariage heureux auteur-éditeur, le livre n’existe pas !

Le Prix Erckmann-Chatrian de Littérature 2014 a été attribué à
Nicolas MATHIEU pour son énergique roman Aux animaux la guerre publié par les éditions Actes Sud.

La Bourse Histoire 2014 a été attribué à
Patrick-Charles RENAUD pour son remarquable La Guerre à coups d’hommes publié par les éditions Grancher.

La Bourse lorraine 2014 a été attribuée à trois auteurs :
Sabine LESUR - textes, Clair Arthur - dessins, Christophe VOEGELE - photographies pour Vosges, une terre de papier publié par les Éditions Serpenoise.

Ce sont des membres du jury : Robert Scheuer pour la littérature, et Philippe Martin, responsable de notre commission Histoire, qui vont nous présenter les lauréats et leur œuvre.

Outre un chèque d’encouragement et de soutien, en conclusion gourmande de cette cérémonie, ils recevront des produits de qualité issus de Lorraine : une corbeille garnie offerte par l’entreprise meusienne Clair de Lorraine, dont le fondateur et président-directeur-général, Vincent FERRY, amoureux inconditionnel de notre pays et remarquable chef d’entreprise attaché à ses racines, est un partenaire très fidèle de notre Comité ! Nous recommandons vivement la fréquentation de ses boutiques En passant par la Lorraine et remercions cette entreprise dynamique, du fond du cœur.

Nous tenons à saluer la présence à nos côtés, aujourd’hui, de Madame Janine ERNY, ethnologue de Colmar, docteur en histoire, petite fille du sculpteur Jean-Baptiste ERNY qui vécut de 1875 à 1962, lui-même formé dans l’atelier de Théophile KLEM. Auteure du remarquable La Vie et l’œuvre de Théophile Klem, un maître de l’art sacré, Madame Janine ERNY nous parlera cet après-midi, ici même, à 15 h, de cet artiste oublié qui nous a pourtant légué de très grandes œuvres, tant en Alsace qu’en Lorraine. A la fois biographie et beau livre d’art comportant plus de 400 photographies d’œuvres, publié par les éditions du Net, La Vie et l’œuvre de Théophile Klem, un maître de l’art sacré, qui a demandé douze années de travail à son auteure, est un véritable monument dressé à la mémoire de Théophile Klem. Nous vous entendrons cet après-midi, chère Madame, avec plaisir et grand intérêt.

Au moment où, sous la pression des Etats-Unis, l’Union européenne veut contraindre la France à faire passer les taxes sur le livre numérique de 5,5 % à 20 %, annonçant en filigrane la même injonction à venir concernant le livre papier (ce qui porterait un coup très grave à notre culture, alors que 9 livres sur 10 présents en librairie sont déjà d’origine anglo-saxonne, souvent promoteurs de violence et écrits dans une langue approximative de traduction parfois médiocre), je ne résiste pas au devoir de lire, ici et maintenant, cet extrait du discours prononcé par le poète espagnol Federico Garcia Lorca, en septembre 1931, pour l’inauguration de la bibliothèque de son village natal Fuente Vaqueros :

Depuis ce lieu où nous sommes, j'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles: ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu'ils profitent de tous les fruits de l'esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l'état, à les transformer en esclaves d’une terrible organisation de la société. (…)

Des livres ! Des livres ! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: Amour, amour, et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis. Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski - père de la révolution russe bien davantage que Lénine - était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que : Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas !. Il avait froid, ne demandait pas le feu ; il avait une terrible soif, ne demandait pas d'eau… il demandait des livres, c'est-à-dire des horizons, c'est-à-dire des marches pour gravir la cime de l'esprit et du cœur ! Parce que l'agonie physique, - biologique, naturelle d'un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie !

La devise de la République doit être : la Culture !

La culture, parce que ce n'est qu'à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes auxquels se confronte aujourd'hui le peuple plein de foi mais privé de lumière. N'oubliez pas que l'origine de tout est la lumière.

Avec Erckmann et Chatrian qui, en des temps convulsifs, par la plume, ont contribué à donner à notre pays d’Alsace-Lorraine l’énergie nécessaire pour résister aux forces d’annexion et maintenir bien vivante notre culture, avec notre Comité soutenu par vous, dans l’esprit de nos illustres fondateurs, sachons à notre tour résister durant le siècle à venir contre toutes les atteintes à notre esprit, car n’oublions pas que…
L’origine de tout est… la Lumière !
Félicitations à nos lauréats.
Merci à vous toutes et vous tous ici présents.
Bonne journée Erckmann-Chatrian.
Et… bonne lecture !

Gilles LAPORTE, président
7 mars 2015

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