Discours pour la remise du Prix à Paul Testart
par André ARGANT
Épinal, Grand Salon de l’Hôtel de Ville, 25 octobre 1959

Le maire d'Épinal accueille le Comité Erckmann-Chatrian, qui vient d'élire Albert Schneider à la succession de Georges Sadler, président fondateur depuis 1914, et rend hommage au lauréat 1958, le Spinalien Paul Testart, auteur d'Épinal à travers les siècles.
Environ 7 minutes de lectureJ'ai à présenter les excuses de :
MM. le Préfet des Vosges, remplacé par M. CHASTEAUNEUF, S.G. de la Préfecture ;
Maurice Garçot, du Comité Erckmann-Chatrian ;
M. l'Inspecteur d'Académie SCHIBI, remplacé par M. PARÉJA ;
MM. les Maires de Gérardmer et Lunéville ;
mes Adjoints : MM. BLANCK et NICOT ;
MM. VILLATTE, Directeur de Radio-Lorraine, remplacé par M. BLUM ;
JACQUEMIN, Conservateur du Musée ;
M. le Chanoine LACOURT, en littérature Émile Tourlac ;
MM. COUSIN, GELLERAY, ROSAYE, Conseillers Municipaux.
25 OCTOBRE 1959, jour mémorable pour Épinal ;
deux fois digne de mémoire puisqu'aujourd'hui, l'occasion nous est donnée de recevoir dans le Grand Salon de l'Hôtel de Ville le Comité ERCKMANN-CHATRIAN et de fêter solennellement avec ses membres : un descendant de nos « Bourgeois d'Épinal et Rualménil » : le vénéré M. Paul TESTART.
Ah ! Messieurs, comme notre cœur lorrain déborde de souvenir à l'évocation des deux noms glorieux d'Émile ERCKMANN et d'Alexandre CHATRIAN, ces prestigieux écrivains dont les œuvres restent présentes à nos mémoires fidèles : Madame Thérèse ou les volontaires de 92, L'Ami Fritz, Histoire d'un conscrit de 1813, mais ce sont les livres de chevet de notre jeunesse !
Comme vous avez eu mille fois raison de placer les multiples activités de votre société sous le signe de ces deux grands lorrains.
Votre Président fondateur homme d'une grande simplicité, très modeste, très gai et cultivant volontiers l'ironie sans méchanceté, fin gourmet et grand amateur de bières de l'Est, raisonnablement rabelaisien – tel qu'on me l'a décrit –, le Cher Georges SADLER fut un homme de la trempe des deux amis.
Qu'il me soit permis de saluer ici la mémoire de celui qui présida votre comité de sa fondation en 1914, jusqu'à l'année dernière.
C'est un très grand honneur pour Épinal de vous avoir offert l'hospitalité pour désigner à Georges SADLER un successeur qui sera digne de lui. Je me réjouis de pouvoir féliciter ici, au nom de toutes les populations lorraines, votre nouveau Président : le Professeur SCHNEIDER, tout en me permettant de lui demander, tout en aimant toute la Lorraine, de ne pas oublier Épinal où il enseigna au vieux Lycée du quai Jules-Ferry.
M. le Président,
Les Spinaliens sont heureux de vous retrouver aujourd'hui parce qu'ils vous considèrent comme « un peu des leurs » ! Je vous souhaite, M. le Président, une présidence aussi longue que celle de votre prédécesseur.
Parmi vous Messieurs, qui nous faites par votre visite tant d'honneurs, permettez-moi d'adresser un particulier hommage à un autre ancien professeur du Lycée d'Épinal : le doyen CRESSOT, sans oublier celui dont je me rappelle les cours magistraux sur Verlaine et André Chénier : M. le Professeur DIMOFF.
À tous Messieurs, le très respectueux salut d'Épinal et de son Maire.
Il n'est qu'une ombre au tableau, l'absence d'un Spinalien que j'aurais aimé accueillir ici et à qui j'aurais voulu présenter le registre d'état-civil rappelant qu'il naquit à Épinal, rue Léopold-Bourg, d'un père officier et d'une maman née CANSON, apparentée à la famille des maîtres imagiers Pellerin. Je prierai M. le Président SCHNEIDER de présenter les hommages de sa ville natale à M. Maurice GARÇOT, enfant d'Épinal devenu écrivain et historien lorrain.
Je n'aurais garde d'oublier de signaler que votre Comité comprend un certain nombre de Spinaliens : M. Charles GUTHMULLER, Député des Vosges ; Georges SAVOURET, conseiller municipal d'Épinal ; Gaston CHATELAIN, directeur de la Liberté de l'Est (qui a bien voulu illustrer notre livre d'or pour cette solennité) et celui qui a été la cheville ouvrière de cette cérémonie : le cher Léon FRESSE, qui quitta naguère la Quarante Semaine pour Gérardmer avant de se retirer dans sa délicieuse maison de Gai Soleil… tout un programme de vie.
Quand on constate l'amour dont vous êtes animé pour votre ville natale, on ne peut que souhaiter un semblable amour pour leur cité de la part des jeunes générations.
Mesdames,
Messieurs,
Merci de vous être associés à nous pour recevoir dignement – mais simplement comme Épinal sait le faire – le jury et le Comité du Goncourt lorrain.
Le 6 mai 1937, votre Comité venait pour la première fois sur cette terre vosgienne pour remettre solennellement son prix littéraire au lauréat Pol RAMBER. La création la plus populaire de celui-ci était assurément sa Mélanie qui avait conquis droit de cité et s'était installée en confidente sous tous les toits vosgiens où elle apportait sa bonne humeur, ses fiauves émaillés d'expression du terroir, la truculence de son langage et aussi, il faut bien le dire : ses leçons – lesquelles, pour être données avec le sourire, ne portaient que mieux.
Plus tard, vous récompensiez le chantre de nos hauts sommets – Jacques DIETERLEN – pour son ouvrage sur le Hohneck.
En 1953, c'était sur l'ami du folklore régional, ici présent et animateur de cette journée, l'auteur souriant des Contes de la Vallée des Lacs, Léon FRESSE, que se portait votre choix.
Et l'année dernière, vous décidiez de rendre un tout particulier hommage à un Spinalien de vieille souche. L'honneur fait à M. Paul TESTART rejaillissait sur sa ville natale.
Si M. Maurice Garçot naquit rue Léopold-Bourg, c'est rue de la Gare que M. Paul TESTART naissait le 7 avril 1872. Vous étiez sûrement, Cher Monsieur, un des plus jeunes Spinaliens figurant au recensement du 24 avril de la même année… et c'est ainsi qu'à l'âge de 17 jours, vous paraissez – pour la seconde fois – aux archives de la Cité.
Toute votre vie, vous êtes resté fidèlement attaché à votre cité natale. Rien ne vous arrête pour la chanter, pour la défendre, pour la développer. Libraire et maître imprimeur, vous dépassez votre métier et vous écrivez et éditez :
– un Guide Touristique d'Épinal,
– un Guide du Tourisme et de l'Hôtellerie dans le Département des Vosges.
Que d'étonnant alors à ce que depuis 1908 vous fussiez membre du Comité, puis vice-président du Syndicat d'Initiatives avant d'en devenir en 1938 le président, succédant à M. Léon SCHWAB qui venait d'être élu Maire d'Épinal.
Vous savez défendre nos sites et nos arbres. Faut-il rappeler la vigoureuse campagne menée avec votre collaboration pour sauver, en 1931, les arbres de l'avenue des Templiers. En quel style vengeur fustigez-vous nos prédécesseurs d'alors !
Je vous cite : Par une aberration incompréhensible et malgré l'avis de la Conservation des Forêts, des Ponts-&-Chaussées et du Service Vicinal, la Municipalité avait décidé de faire abattre les 84 robustes marronniers de la promenades. Le motif : vétusté et risque de chutes, mais surtout donner satisfaction à quelques riverains à qui ces vétérans de 1837 portaient ombrage dans toute l'acception du mot. Grâce à votre active campagne les marronniers sont toujours debout, l'avenue des Templiers jouit toujours de leur ombrage. Les arbres demeurent mais que sont devenus les protagonistes de l'abattage ?
Vous restez président jusqu'au 18 novembre 1947, date à laquelle vous cédez la place à M. Pierre HARMAND, M. SCHWAB et vous-même devenez présidents d'honneur.
Quel est le Spinalien qui, arpentant la rue Léopold-Bourg, n'évoque au passage l'imprimerie-librairie TESTART qui, des lustres durant, régna sur la cité et où il était possible de se procurer une foule de documents précieux ?
Au fond de votre établissement, vous ne cessez de travailler pour la grandeur de votre ville. C'est ainsi qu'après une retraite, prise certes au delà de l'âge légal, vous publiez Épinal à travers les siècles, véritable « somme » de l'histoire et presque de l'actualité spinalienne.
À côté de l'histoire proprement dite, que de détails piquants et passionnants ne peut-on y trouver ? Comme il sera intéressant en janvier prochain de comparer vos listes des prix en 1914 et 1919 avec les cotations en nouveaux francs. Il est vrai que cette comparaison nous laissera d'amers regrets et la nostalgie de ces temps heureux. Quelle mine de renseignements sur nos sociétés locales !
Ah ! Cher Monsieur TESTART, puis-je vous avouer que votre livre sur la Cité des Images est un inépuisable réservoir de science pour un Maire qui veut parler savamment de sa Cité.
Quand on constate l'amour dont vous êtes animé pour votre ville natale, on ne peut que souhaiter un semblable amour pour leur cité de la part des jeunes générations.
Nous avons rassemblé autour de vous, avec Mme et M. MEININGER, vos neveux bien aimés, ceux qui ont œuvré pour Épinal, ou qui, au point de vue littéraire, lui font honneur, ainsi que les chefs d'établissements secondaires, techniques et primaires supérieurs.
Si j'avais avant de terminer – et c'est sûrement votre pensée – un vœu à exprimer : ce serait de demander à M. le Président du Comité Erckmann-Chatrian, ancien Spinalien, élu président à Épinal, de penser à la ville qui lui reste chère et de choisir, dans les années qui viennent, un nouveau lauréat parmi nos auteurs.
Merci, Monsieur TESTART, d'avoir été pour Épinal l'occasion d'une belle journée littéraire qui restera marquée d'une pierre blanche dans les annales de la Cité des Images.
25 octobre 1959 — [Tampon : Ville d'Épinal – Cabinet du Maire]